Mérule danger santé : risques, allergies et précautions à prendre (2025)

La question du danger de la mérule pour la santé préoccupe légitimement des milliers de propriétaires et de locataires en France. Lorsque Serpula lacrymans est découverte dans une habitation, l’inquiétude porte d’abord sur les dégâts structurels. Mais très vite, une interrogation s’impose : vivre dans un logement infesté par la mérule présente-t-il des risques pour la santé des occupants ?

La réponse est nuancée mais sans ambiguïté : la mérule n’est pas un champignon pathogène au sens strict, mais les spores qu’elle libère et l’environnement insalubre qu’elle crée représentent des risques sanitaires réels, en particulier pour les personnes vulnérables. Ce guide fait le point sur les données scientifiques disponibles, les symptômes à surveiller et les précautions à prendre.

La mérule et les spores : comprendre le mécanisme de risque

Pour comprendre les risques sanitaires liés à la mérule, il faut d’abord comprendre le rôle des spores dans le cycle de vie du champignon et leur impact sur l’air intérieur.

Les spores de Serpula lacrymans

Les spores de mérule sont des cellules reproductrices microscopiques, mesurant environ 9 à 12 micromètres de longueur sur 4,5 à 6 micromètres de largeur. De couleur brun-rouille, elles sont produites en quantités considérables par les carpophores (fructifications) du champignon. Un carpophore mature peut libérer plusieurs millions de spores par jour, et cette dispersion peut durer plusieurs semaines.

Ces spores sont suffisamment petites pour rester en suspension dans l’air pendant de longues périodes. Elles sont inhalées par les occupants du logement à chaque respiration. Dans un espace confiné et mal ventilé, la concentration de spores peut atteindre des niveaux significatifs, constituant une exposition chronique pour les personnes qui y vivent.

La poussière de spores visible

Lorsque l’infestation est avancée, la libération de spores est telle qu’elle forme une poussière brun-rouille visible à l’oeil nu. Cette poussière se dépose sur les surfaces horizontales (sols, meubles, rebords de fenêtres) à proximité du carpophore. Sa présence indique une concentration de spores dans l’air ambiant particulièrement élevée et un risque sanitaire accru.

Les risques pour la santé : ce que dit la science

Les effets de la mérule sur la santé humaine ont fait l’objet de plusieurs études, principalement dans les pays nordiques et au Royaume-Uni, où le champignon est particulièrement répandu. Voici les principaux risques documentés.

Réactions allergiques

Les spores de Serpula lacrymans contiennent des allergènes capables de déclencher des réactions immunitaires chez les personnes sensibilisées. Les manifestations allergiques les plus fréquentes sont :

  • Rhinite allergique : éternuements répétés, nez bouché ou qui coule, démangeaisons nasales
  • Conjonctivite : yeux rouges, larmoyants, sensation de grains de sable
  • Urticaire : éruptions cutanées, démangeaisons, plaques rouges, en particulier chez les personnes ayant touché directement le champignon ou ses spores
  • Dermatite de contact : irritation de la peau après un contact prolongé avec des matériaux contaminés

Les études épidémiologiques menées dans les habitations infestées par des champignons lignivores montrent une prévalence accrue des symptômes allergiques chez les occupants par rapport à la population générale. Une étude britannique publiée dans Indoor Air a mis en évidence une corrélation significative entre l’exposition aux champignons du bâtiment et la fréquence des rhinites et des conjonctivites.

Problèmes respiratoires

L’inhalation chronique de spores de mérule peut provoquer ou aggraver des affections respiratoires :

  • Toux chronique : une toux sèche et persistante, souvent plus marquée la nuit ou au réveil, est le symptôme le plus fréquemment rapporté
  • Asthme : l’exposition aux spores fongiques est un facteur déclenchant reconnu des crises d’asthme. Chez les personnes déjà asthmatiques, la présence de mérule peut provoquer une aggravation significative de la maladie, avec des crises plus fréquentes et plus sévères
  • Bronchite : l’irritation répétée des bronches par les spores peut conduire à une inflammation chronique des voies aériennes
  • Dyspnée : sensation d’essoufflement ou de difficulté à respirer, en particulier chez les personnes fragiles

Des études menées en Scandinavie ont démontré que les occupants de logements contaminés par des champignons lignivores présentent un risque accru de symptômes respiratoires (odds ratio compris entre 1,5 et 3 selon les études) par rapport aux occupants de logements sains.

Syndrome des bâtiments malsains

L’infestation par la mérule contribue au syndrome des bâtiments malsains (Sick Building Syndrome), un ensemble de symptômes non spécifiques associés au séjour dans un bâtiment insalubre :

  • Maux de tête récurrents, sans cause identifiable
  • Fatigue chronique et sensation de malaise général
  • Irritation des muqueuses : gorge irritée, yeux secs, nez congestionné
  • Difficultés de concentration et baisse des performances cognitives
  • Nausées dans les cas d’exposition intense

Ces symptômes ont la particularité de s’atténuer ou de disparaître lorsque la personne quitte le bâtiment contaminé (par exemple pendant les vacances ou les week-ends passés ailleurs), puis de réapparaître au retour. Cette corrélation temporelle est un indice important qui doit alerter les occupants et les professionnels de santé.

Le rôle des moisissures secondaires

L’un des dangers sanitaires les plus importants liés à la mérule est indirect. L’environnement humide et confiné créé par le champignon favorise le développement de moisissures secondaires dont certaines sont nettement plus toxiques que la mérule elle-même :

  • Aspergillus fumigatus : responsable de l’aspergillose, une infection fongique des poumons potentiellement grave chez les personnes immunodéprimées
  • Aspergillus flavus : produit des aflatoxines, des mycotoxines classées cancérigènes par le CIRC (Centre International de Recherche sur le Cancer)
  • Stachybotrys chartarum : la tristement célèbre “moisissure noire”, qui produit des trichothécènes, des mycotoxines provoquant des troubles respiratoires sévères et des saignements pulmonaires dans les cas d’exposition intense
  • Penicillium spp. : certaines espèces produisent des mycotoxines et des composés organiques volatils (COV) irritants

La coexistence de la mérule et de ces moisissures dans un même logement crée un cocktail de polluants biologiques dont les effets combinés sur la santé sont plus importants que ceux de chaque organisme pris isolément. C’est ce que les toxicologues appellent l’effet cocktail.

Les personnes vulnérables : qui est le plus à risque ?

L’exposition aux spores de mérule ne présente pas le même niveau de risque pour tous. Certaines catégories de personnes sont significativement plus vulnérables.

Les enfants

Les enfants sont particulièrement exposés pour plusieurs raisons :

  • Leur système immunitaire est encore immature et réagit plus fortement aux allergènes
  • Leur fréquence respiratoire est plus élevée que celle des adultes, ce qui augmente la quantité de spores inhalées par rapport à leur poids corporel
  • Ils passent souvent plus de temps à la maison que les adultes, ce qui prolonge l’exposition
  • Leurs voies respiratoires sont plus étroites, ce qui amplifie l’effet de l’inflammation

Plusieurs études ont montré une corrélation entre l’exposition aux champignons dans le logement pendant la petite enfance et le développement ultérieur de l’asthme. L’étude ISAAC (International Study of Asthma and Allergies in Childhood) a identifié l’humidité et les moisissures dans le logement comme des facteurs de risque significatifs pour l’asthme de l’enfant.

Les personnes âgées

Les personnes âgées sont vulnérables en raison du déclin naturel de leur système immunitaire (immunosénescence) et de la prévalence plus élevée de maladies respiratoires chroniques (BPCO, insuffisance respiratoire) dans cette tranche d’âge. De plus, elles passent souvent une grande partie de leur temps à domicile, augmentant la durée d’exposition.

Les personnes asthmatiques

L’asthme est la condition préexistante la plus aggravée par l’exposition aux spores de mérule. Les spores fongiques sont des déclencheurs reconnus des crises d’asthme. Chez une personne asthmatique vivant dans un logement infesté, on observe fréquemment une augmentation de la fréquence et de la sévérité des crises, une consommation accrue de médicaments bronchodilatateurs et une détérioration du contrôle de la maladie.

Les personnes immunodéprimées

Les personnes dont le système immunitaire est affaibli (traitement immunosuppresseur, chimiothérapie, VIH/SIDA, greffés) sont les plus exposées aux risques d’infections fongiques opportunistes. Bien que la mérule elle-même ne provoque pas d’infections, les moisissures secondaires qui l’accompagnent (en particulier Aspergillus) peuvent provoquer des infections pulmonaires graves chez ces personnes.

Les femmes enceintes

Bien que les données spécifiques sur la mérule soient limitées, l’exposition chronique aux moisissures et aux spores fongiques pendant la grossesse est associée dans plusieurs études à un risque accru de complications respiratoires chez la mère et de sensibilisation allergique du nouveau-né. Par principe de précaution, une femme enceinte ne devrait pas séjourner dans un logement infesté par la mérule.

Les composés organiques volatils (COV) émis par la mérule

Au-delà des spores, la mérule libère des composés organiques volatils (COV) lors de la décomposition du bois. Ces substances chimiques gazeuses contribuent à l’odeur caractéristique du champignon et à la dégradation de la qualité de l’air intérieur.

Les principaux COV identifiés dans les études sur les champignons lignivores comprennent des alcools, des aldéhydes, des cétones et des terpènes. Certains de ces composés sont des irritants reconnus des voies respiratoires et des muqueuses. Leur concentration dans l’air est généralement faible, mais l’exposition chronique dans un espace confiné peut contribuer aux symptômes du syndrome des bâtiments malsains.

Des recherches menées par l’Université de Strathclyde (Écosse) ont mesuré les COV émis par Serpula lacrymans en conditions de laboratoire et ont identifié plus d’une trentaine de composés différents, dont certains sont des irritants à des concentrations élevées. Ces résultats soulignent que le risque sanitaire de la mérule ne se limite pas aux seules spores.

Précautions à prendre en cas d’infestation

Si votre logement est infesté par la mérule, plusieurs précautions permettent de limiter les risques pour la santé en attendant le traitement.

Mesures immédiates

  • Aérez abondamment les pièces touchées et les pièces adjacentes en ouvrant les fenêtres plusieurs heures par jour
  • Limitez le temps passé dans les pièces contaminées, en particulier pour les personnes vulnérables (enfants, personnes âgées, asthmatiques)
  • Ne touchez pas au champignon : toute manipulation libère des spores dans l’air
  • Portez un masque FFP2 si vous devez entrer dans une zone fortement contaminée (présence de carpophore, poussière de spores visible)
  • Nettoyez régulièrement les surfaces horizontales pour éliminer les spores déposées (avec un chiffon humide, jamais à sec pour ne pas remettre les spores en suspension)
  • Ne laissez pas les enfants jouer dans les zones contaminées ou à proximité

Mesures de protection lors des travaux

Les travaux de traitement de la mérule génèrent une libération importante de spores. Les professionnels qualifiés mettent en place des mesures de protection :

  • Confinement de la zone de travail avec des bâches et un sas d’entrée
  • Mise en dépression de la zone pour éviter la dissémination des spores vers les pièces saines
  • Port d’EPI (Équipements de Protection Individuelle) : combinaison intégrale, masque à cartouche filtrante, gants, lunettes
  • Aspiration des spores avec un aspirateur à filtre HEPA
  • Nébulisation fongicide avant et après les travaux de dépose

Quand consulter un médecin ?

Il est recommandé de consulter un médecin dans les situations suivantes :

  • Vous présentez des symptômes respiratoires persistants (toux, essoufflement, sifflements) depuis que vous habitez un logement infesté
  • Vos symptômes d’asthme se sont aggravés sans autre cause identifiable
  • Vous souffrez de rhinite ou de conjonctivite chronique qui s’améliore lorsque vous quittez votre domicile
  • Vous ressentez des maux de tête récurrents ou une fatigue anormale sans explication médicale
  • Un enfant de votre foyer présente des symptômes respiratoires ou allergiques
  • Une personne immunodéprimée vit dans le logement contaminé

Lors de la consultation, informez votre médecin de la présence de mérule dans votre logement. Cette information est essentielle pour orienter le diagnostic et la prise en charge. Le médecin pourra, si nécessaire, vous adresser à un allergologue pour des tests de sensibilisation aux moisissures, ou à un pneumologue pour un bilan respiratoire approfondi.

Les examens possibles

  • Tests cutanés (prick tests) : ils permettent de détecter une sensibilisation allergique aux moisissures
  • Dosage des IgE spécifiques : prise de sang pour mesurer les anticorps dirigés contre les allergènes fongiques
  • Exploration fonctionnelle respiratoire (EFR) : mesure des capacités pulmonaires pour évaluer une éventuelle obstruction bronchique
  • Radiographie pulmonaire : en cas de suspicion d’infection fongique chez les personnes immunodéprimées

Après le traitement : retrouver un air sain

Le traitement professionnel de la mérule élimine le champignon, mais il est important d’assainir durablement l’air intérieur après l’intervention.

Les étapes de l’assainissement

  1. Nettoyage en profondeur : aspiration de toutes les surfaces avec un aspirateur à filtre HEPA, nettoyage humide des sols et des murs
  2. Ventilation renforcée : aération prolongée du logement pendant plusieurs jours après les travaux pour évacuer les spores résiduelles et les COV des produits de traitement
  3. Vérification de la ventilation : s’assurer que le système de ventilation (VMC ou ventilation naturelle) fonctionne correctement pour prévenir toute récidive
  4. Contrôle du taux d’humidité : maintenir l’humidité relative de l’air intérieur entre 40 et 60 % et le taux d’humidité du bois en dessous de 20 %

Suivi médical

Si des occupants du logement ont présenté des symptômes pendant l’infestation, un suivi médical est recommandé après le traitement pour vérifier la régression des symptômes. L’amélioration est généralement rapide une fois la source d’exposition éliminée, mais certaines sensibilisations allergiques peuvent persister et nécessiter un traitement au long cours.

La mérule représente un risque sanitaire réel mais maîtrisable. La combinaison d’un traitement professionnel rapide, de mesures de protection pendant l’infestation et d’un assainissement complet après intervention permet de protéger efficacement la santé des occupants. L’essentiel est de ne pas sous-estimer ce risque et d’agir sans délai dès que la présence du champignon est suspectée.

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