Traitement Naturel Mérule : Efficacité Réelle et Limites
La recherche d’un traitement naturel de la mérule est une démarche compréhensible pour les propriétaires soucieux de l’environnement ou réticents à l’usage de produits chimiques dans leur habitation. De nombreuses solutions circulent sur internet et les forums : vinaigre blanc, huiles essentielles, bicarbonate de soude, sel de bore, ventilation naturelle. Mais que vaut réellement chacune de ces solutions face à la mérule pleureuse (Serpula lacrymans), l’un des champignons les plus destructeurs pour le bâti ? Ce guide fait le tri entre mythes et réalités.
La mérule : un adversaire hors du commun
Avant d’évaluer les solutions naturelles, il est essentiel de comprendre pourquoi la mérule est un champignon si difficile à éliminer. Cette compréhension explique les limites de la plupart des remèdes naturels.
Un champignon qui se développe en profondeur
Contrairement aux moisissures de surface (Aspergillus, Penicillium) qui se contentent de coloniser les surfaces, la mérule pénètre profondément dans les matériaux. Son mycélium s’infiltre dans la masse du bois, dans les joints de maçonnerie et jusque dans les murs eux-mêmes. Ses cordons (rhizomorphes) peuvent traverser plusieurs mètres de maçonnerie pour atteindre de nouvelles sources de nourriture.
Cette croissance en profondeur signifie qu’un traitement de surface, aussi efficace soit-il contre les champignons superficiels, n’atteindra jamais le cœur de l’infestation.
Des capacités de survie exceptionnelles
La mérule possède des mécanismes de survie remarquables :
- Elle peut survivre dans des conditions de sécheresse temporaire en mettant son mycélium en dormance.
- Ses spores restent viables pendant des années, en attente de conditions favorables.
- Ses cordons transportent l’eau sur plusieurs mètres, lui permettant de coloniser des zones apparemment sèches.
- Elle est capable de modifier le pH de son environnement pour optimiser sa croissance.
Un pouvoir de destruction redoutable
La mérule produit des enzymes qui décomposent la cellulose et l’hémicellulose du bois, provoquant une pourriture cubique qui détruit la résistance mécanique du matériau. Un bois attaqué par la mérule peut perdre jusqu’à 80 % de sa résistance en quelques mois.
Les solutions naturelles passées au crible
Passons en revue les solutions naturelles les plus fréquemment citées et évaluons leur efficacité réelle contre la mérule.
Le vinaigre blanc
Le vinaigre blanc (acide acétique à 5-8 %) est souvent présenté comme un antifongique naturel polyvalent. Il est effectivement efficace contre certaines moisissures superficielles dans le cadre de l’entretien ménager courant.
Efficacité contre la mérule : nulle
- La concentration d’acide acétique du vinaigre ménager est beaucoup trop faible pour détruire le mycélium de la mérule.
- Le vinaigre n’a aucune capacité de pénétration dans les matériaux : il agit uniquement en surface.
- L’apport d’humidité supplémentaire (le vinaigre est une solution aqueuse) peut favoriser le développement du champignon.
- Aucune étude scientifique ne démontre une quelconque efficacité du vinaigre contre Serpula lacrymans.
Verdict : le vinaigre blanc peut servir à nettoyer des traces superficielles de moisissure ménagère, mais n’est en aucun cas un traitement contre la mérule.
Les huiles essentielles
Plusieurs huiles essentielles sont reconnues pour leurs propriétés antifongiques en laboratoire :
- Tea tree (Melaleuca alternifolia) : activité antifongique à large spectre démontrée in vitro.
- Clou de girofle (Eugenia caryophyllata) : riche en eugénol, un composé aux propriétés fongicides.
- Thym (Thymus vulgaris) : le thymol possède une activité antifongique notable.
- Cannelle (Cinnamomum verum) : le cinnamaldéhyde est un antifongique naturel puissant.
Efficacité contre la mérule : négligeable en conditions réelles
Les études en laboratoire montrent une activité antifongique de ces huiles essentielles sur des cultures en boîte de Petri, à des concentrations spécifiques. Cependant, la transposition en conditions réelles se heurte à des obstacles insurmontables :
- Pénétration nulle dans les matériaux de construction. Les huiles essentielles s’évaporent et n’atteignent pas le mycélium en profondeur.
- Concentrations insuffisantes : les quantités nécessaires pour un effet fongicide en situation réelle seraient colossales et économiquement absurdes.
- Volatilité : les principes actifs s’évaporent rapidement, ne laissant aucune protection résiduelle.
- Pas d’étude clinique sur le traitement de la mérule dans un bâtiment avec des huiles essentielles.
Verdict : les huiles essentielles ne constituent pas un traitement contre la mérule. Les utiliser revient à perdre un temps précieux.
Le bicarbonate de soude
Le bicarbonate de soude (NaHCO3) est parfois recommandé pour son pH basique (environ 8,3) qui serait hostile aux champignons.
Efficacité contre la mérule : nulle
- Le pH basique du bicarbonate est trop faible pour affecter significativement la mérule, qui tolère une gamme de pH assez large.
- Le bicarbonate n’a aucune action fongicide démontrée contre les champignons lignivores.
- Comme le vinaigre, son application en surface n’atteint pas le mycélium en profondeur.
- L’humidité apportée par la solution peut favoriser le champignon.
Verdict : le bicarbonate de soude est un produit ménager utile, mais absolument pas un traitement contre la mérule.
L’eau de chaux (lait de chaux)
L’eau de chaux ou le badigeon de chaux est un traitement de surface traditionnel qui crée un environnement alcalin (pH élevé) hostile aux moisissures.
Efficacité contre la mérule : très limitée
- Le pH fortement basique de la chaux (environ 12,5) est effectivement hostile à de nombreux champignons.
- La chaux possède une certaine action désinfectante en surface.
- Cependant, la chaux n’a pas de pouvoir de pénétration dans les matériaux et ne peut pas atteindre le mycélium en profondeur.
- La chaux peut avoir un intérêt en prévention sur des murs sains, mais elle ne constitue pas un traitement curatif.
Verdict : le badigeon de chaux peut contribuer à la prévention des moisissures superficielles, mais ne traite pas la mérule.
Les solutions naturelles qui ont une réelle efficacité
Si la plupart des remèdes naturels sont impuissants face à la mérule, deux approches se distinguent par leur efficacité scientifiquement prouvée.
Le sel de bore : un fongicide minéral naturel
Le sel de bore (disodium octaborate tétrahydraté, acide borique, borax) est un produit minéral naturel dont l’efficacité contre la mérule est validée par les essais normalisés européens (norme EN 113).
Pourquoi ça fonctionne :
- Le bore pénètre dans le bois et les matériaux poreux.
- Il inhibe les enzymes du champignon et perturbe son métabolisme cellulaire.
- Il possède une double action fongicide et insecticide.
- Son efficacité à des concentrations de 2 à 3 kg/m3 de bois est prouvée contre la mérule.
Limites :
- L’application en surface par un particulier est insuffisante pour un traitement curatif.
- L’injection professionnelle est nécessaire pour atteindre le mycélium en profondeur.
- Le sel de bore est lessivable par l’eau.
- Il est classé comme substance reprotoxique par le règlement REACH, ce qui encadre son usage.
Le sel de bore est un produit naturel au sens minéralogique du terme, mais son utilisation efficace contre la mérule reste du domaine professionnel. Un article dédié au sel de bore et à la mérule détaille ses usages et sa réglementation.
Le traitement thermique par air chaud
Le traitement par air chaud est la seule méthode véritablement “naturelle” (sans aucun produit chimique) capable d’éliminer la mérule. Il repose sur la sensibilité du champignon à la chaleur.
Pourquoi ça fonctionne :
- La mérule meurt à des températures supérieures à 50 degrés Celsius.
- La chaleur se propage naturellement par conduction dans les matériaux, atteignant le mycélium en profondeur.
- Aucun produit chimique n’est nécessaire : seule l’énergie thermique est utilisée.
- Tous les stades du champignon sont détruits (mycélium, cordons, spores).
Conditions d’efficacité :
- Température de 55 à 60 degrés Celsius au cœur des matériaux.
- Maintien de cette température pendant au minimum 16 heures.
- Surveillance par sondes de température pour vérifier la pénétration thermique.
- Intervention professionnelle obligatoire (équipement spécialisé).
Limites :
- Coût élevé (5 000 à 20 000 euros).
- Pas de protection résiduelle contre une recontamination.
- Risques pour certains matériaux sensibles à la chaleur (PVC, joints, électronique).
- Le bâtiment doit être inoccupé pendant toute la durée du traitement.
La prévention naturelle : ce qui fonctionne vraiment
Si les remèdes naturels curatifs sont largement inefficaces contre la mérule, la prévention naturelle est en revanche un domaine où des mesures simples et non chimiques peuvent faire une réelle différence.
Maîtriser l’humidité
La mérule ne se développe que dans un environnement humide (taux d’humidité du bois supérieur à 20 %). Maîtriser l’humidité est la mesure préventive la plus efficace :
- Réparer immédiatement toute fuite (toiture, canalisations, gouttières).
- Assurer une bonne évacuation des eaux pluviales autour du bâtiment.
- Éviter les remontées capillaires par un drainage adapté.
- Surveiller le taux d’humidité dans les zones à risque avec un hygromètre.
Ventiler correctement
Une bonne ventilation réduit l’humidité ambiante et empêche la condensation :
- Aérer régulièrement toutes les pièces, y compris les caves et les combles.
- Installer une VMC dans les pièces humides (salle de bains, cuisine, cave).
- Créer des grilles de ventilation dans les vides sanitaires et les caves.
- Ne pas obstruer les entrées d’air sur les fenêtres et les murs.
Espacer le bois des sources d’humidité
- Ne pas stocker de bois de chauffage contre les murs extérieurs ou dans la cave.
- Éviter le contact direct bois-maçonnerie sans interposition d’une barrière d’étanchéité.
- Surélever les éléments en bois dans les zones humides (cales en plastique, supports métalliques).
Inspecter régulièrement
- Vérifier les zones à risque (cave, vide sanitaire, combles, derrière les meubles) au moins deux fois par an.
- Être attentif aux signes précoces : odeur de champignon, bois qui sonne creux, taches blanches sur les murs.
- Faire réaliser un diagnostic préventif si votre bien est situé en zone à risque (Bretagne, Nord, Normandie).
Quand les solutions naturelles ne suffisent pas : appeler un professionnel
Dans la grande majorité des cas, lorsque la mérule est déjà présente, les solutions naturelles ne suffisent pas et l’intervention d’un professionnel est indispensable.
Signes qui imposent un traitement professionnel
- Toute présence confirmée de mérule (mycélium, cordons, fructification) sur un élément structurel.
- Surface infestée supérieure à quelques centimètres carrés.
- Bois présentant une pourriture cubique (dégradation en cubes bruns).
- Cordons (rhizomorphes) traversant les murs : signe d’une infestation avancée et propagée.
- Odeur prononcée de champignon dans une zone du bâtiment.
Ce que propose un professionnel certifié
Un professionnel certifié CTB-A+ dispose de l’expertise et de l’équipement pour :
- Réaliser un diagnostic complet de l’étendue de l’infestation.
- Appliquer un traitement curatif en profondeur (injection de fongicide sous pression).
- Mettre en œuvre un traitement thermique si la situation le justifie.
- Traiter les causes d’humidité à l’origine de l’infestation.
- Fournir une garantie décennale sur les travaux réalisés.
Le coût d’un traitement professionnel (3 000 à 15 000 euros) peut sembler élevé, mais il est sans commune mesure avec les dégâts structurels que peut causer une mérule non traitée (remplacement de poutres, de solives, de planchers, voire consolidation de structure : 20 000 à 50 000 euros et plus).
Tableau récapitulatif : efficacité des solutions naturelles
| Solution naturelle | Efficacité curative | Efficacité préventive | Recommandation |
|---|---|---|---|
| Vinaigre blanc | Nulle | Nulle | Ne pas utiliser |
| Huiles essentielles | Nulle | Négligeable | Ne pas utiliser |
| Bicarbonate de soude | Nulle | Nulle | Ne pas utiliser |
| Eau de Javel | Nulle (masque le problème) | Nulle | Ne pas utiliser |
| Badigeon de chaux | Négligeable | Faible | Complément possible |
| Sel de bore (application pro) | Bonne | Excellente | Recommandé (pro) |
| Traitement thermique | Excellente | Aucune (pas de résidu) | Recommandé (pro) |
| Ventilation et maîtrise humidité | Aucune | Excellente | Indispensable |
En résumé
La recherche d’un traitement naturel de la mérule est compréhensible, mais la réalité impose un constat sans appel : les remèdes naturels courants (vinaigre, huiles essentielles, bicarbonate) sont totalement inefficaces contre ce champignon destructeur qui se développe en profondeur dans les matériaux. Les seules solutions “naturelles” ayant une efficacité prouvée sont le sel de bore (fongicide minéral, application professionnelle requise) et le traitement thermique par air chaud (méthode sans produit chimique, mais coûteuse et professionnelle). La meilleure arme naturelle reste la prévention : maîtrise de l’humidité, ventilation adéquate et surveillance régulière. Dès que la mérule est détectée, faites appel à un professionnel certifié sans délai.