Traiter la Mérule Soi-Même : Guide, Risques et Limites du DIY
Face à la découverte de mérule dans son habitation, la première réaction de nombreux propriétaires est de se demander s’il est possible de traiter la mérule soi-même. Entre le coût élevé d’un traitement professionnel et l’urgence de la situation, la tentation du DIY est compréhensible. Mais est-ce vraiment une bonne idée ? Ce guide détaille les possibilités, les limites et les risques du traitement amateur de la mérule pleureuse (Serpula lacrymans).
Traiter la mérule soi-même : est-ce vraiment possible ?
La réponse est nuancée. Techniquement, il existe des produits anti-mérule accessibles aux particuliers dans les grandes surfaces de bricolage. Cependant, la mérule n’est pas un champignon ordinaire. Sa capacité à se développer en profondeur dans les matériaux, à traverser les murs de maçonnerie grâce à ses cordons (rhizomorphes) et à rester active même lorsqu’elle n’est plus visible en surface rend le traitement amateur extrêmement risqué.
Dans certains cas très spécifiques, une intervention limitée peut être envisagée :
- La zone touchée est inférieure à 0,5 m2 et strictement superficielle.
- Le champignon est localisé sur un élément non structurel (lambris décoratif, petit meuble).
- Aucun cordon ni mycélium n’est visible dans les murs ou les joints.
- Le taux d’humidité dans la zone est identifié et maîtrisable.
Dans tous les autres cas, et ils représentent la très grande majorité des situations, le recours à un professionnel certifié est indispensable.
Les risques concrets du traitement DIY
Avant de vous lancer dans un traitement par vous-même, il est essentiel de comprendre les risques auxquels vous vous exposez.
Dissémination des spores
La mérule produit des millions de spores microscopiques. Lors de toute manipulation (grattage, brossage, retrait de bois), ces spores se dispersent dans l’air et peuvent coloniser de nouvelles zones du bâtiment. Les professionnels utilisent des équipements de confinement et de protection (combinaisons, masques FFP3, sacs étanches) que les particuliers n’ont généralement pas.
Traitement incomplet
Les produits fongicides grand public ne pénètrent que sur quelques millimètres de profondeur. Or, le mycélium de la mérule s’infiltre au cœur des matériaux, parfois sur plusieurs centimètres d’épaisseur dans un mur. Un traitement superficiel donne l’illusion que le problème est résolu, tandis que le champignon continue de se développer en profondeur.
Dégradation structurelle non détectée
Sans l’expertise d’un professionnel, il est difficile d’évaluer les dégâts structurels causés par la mérule. Un bois qui semble encore sain en surface peut avoir perdu toute résistance mécanique à cœur. Marcher sur un plancher fragilisé ou s’appuyer sur une poutre dégradée peut avoir des conséquences dramatiques.
Perte de garanties
Un traitement réalisé par un particulier ne bénéficie d’aucune garantie décennale. En cas de vente du bien, l’absence de certificat de traitement professionnel peut constituer un obstacle majeur. De plus, si l’infestation se propage à un bien voisin, votre responsabilité peut être engagée.
Risques sanitaires
Les spores de mérule peuvent provoquer des réactions allergiques et des troubles respiratoires. Les produits fongicides concentrés sont également toxiques et nécessitent des équipements de protection individuels adéquats.
Les étapes si vous intervenez sur une petite zone
Si la zone touchée est réellement minime et superficielle, voici la marche à suivre. Cela reste un traitement d’urgence temporaire, en attendant l’évaluation d’un professionnel.
Matériel nécessaire
- Masque de protection FFP3 (pas un simple masque chirurgical).
- Gants en nitrile ou en latex épais.
- Lunettes de protection.
- Sacs poubelle étanches et épais.
- Produit fongicide certifié pour usage intérieur.
- Brosse métallique.
- Pulvérisateur à pression.
Étapes du traitement d’urgence
- Aérer la pièce en ouvrant les fenêtres avant toute intervention.
- Protéger les zones adjacentes avec des bâches en plastique pour limiter la dispersion des spores.
- Retirer délicatement les parties visiblement infestées (fructification, mycélium) sans gratter vigoureusement.
- Placer les déchets immédiatement dans des sacs étanches, les fermer hermétiquement.
- Brosser la zone avec une brosse métallique pour retirer les résidus.
- Appliquer le fongicide selon les instructions du fabricant, en dépassant largement la zone touchée (au moins 50 cm tout autour).
- Laisser sécher complètement selon les préconisations du produit.
- Identifier et traiter la source d’humidité : sans cela, le champignon reviendra inévitablement.
Les produits disponibles pour le traitement amateur
Plusieurs catégories de produits sont accessibles aux particuliers.
Fongicides en spray ou en bidon
Les fongicides prêts à l’emploi se trouvent en magasin de bricolage. Ils contiennent généralement des agents biocides à base de composés quaternaires d’ammonium ou de dérivé de cuivre. Leur efficacité est limitée aux surfaces traitées directement.
Solutions à base de sel de bore
Le sel de bore (borax) est un produit naturel aux propriétés fongicides et insecticides. Disponible en poudre à diluer dans l’eau, il peut être appliqué au pinceau ou au pulvérisateur. Son efficacité contre la mérule est reconnue, mais sa pénétration dans les matériaux reste faible sans équipement d’injection professionnel.
Traitements pour bois du commerce
Les produits de traitement des bois vendus en grande surface offrent une protection de surface contre les champignons lignivores. Ils peuvent être utiles en prévention sur des bois neufs ou sains, mais leur action curative sur du bois déjà infesté par la mérule est très limitée.
Produits professionnels accessibles en ligne
Certains fournisseurs spécialisés vendent en ligne des produits fongicides professionnels. Bien que plus concentrés que les produits grand public, leur application efficace nécessite un équipement professionnel (pompes d’injection, perforatrices calibrées) que les particuliers ne possèdent généralement pas.
Les erreurs courantes du traitement DIY
Année après année, les professionnels du traitement de la mérule constatent les mêmes erreurs commises par les propriétaires qui ont tenté un traitement par eux-mêmes.
Erreur n.1 : ne traiter que la surface visible
C’est l’erreur la plus fréquente et la plus dangereuse. La mérule que vous voyez n’est que l’extrémité d’un réseau de mycélium qui peut s’étendre sur plusieurs mètres dans les murs et les boiseries. Traiter la surface sans investiguer en profondeur laisse le champignon poursuivre sa progression.
Erreur n.2 : utiliser de l’eau de Javel
L’eau de Javel n’est pas un fongicide efficace contre la mérule. Elle décolore le champignon en surface, donnant l’impression qu’il a disparu, mais ne détruit pas le mycélium. Pire, l’apport d’eau supplémentaire dans la zone infestée peut favoriser le développement du champignon.
Erreur n.3 : ignorer l’humidité
Beaucoup de particuliers se concentrent sur le champignon lui-même en oubliant de traiter la cause de son apparition : l’humidité. Sans résolution du problème d’humidité (fuite, défaut de ventilation, remontées capillaires), la mérule réapparaîtra systématiquement.
Erreur n.4 : sous-estimer l’étendue de l’infestation
Sans expérience ni équipement de diagnostic (hygromètre professionnel, caméra thermique, endoscope), il est quasi impossible pour un particulier d’évaluer l’étendue réelle d’une infestation de mérule. Ce que vous pensez être un petit problème localisé peut en réalité concerner tout un pan de mur ou un plancher entier.
Erreur n.5 : jeter les bois infestés sans précaution
Les bois contaminés par la mérule doivent être conditionnés dans des sacs étanches avant d’être évacués, puis détruits par incinération. Les déposer simplement à la déchetterie ou les stocker dans le jardin risque de contaminer d’autres zones ou de permettre au champignon de se propager chez les voisins.
Quand appeler un professionnel : les signaux d’alerte
Certains signes doivent vous convaincre immédiatement de renoncer au traitement DIY et de contacter un expert certifié.
- Cordons (rhizomorphes) visibles : ces filaments gris qui traversent les murs indiquent une propagation avancée.
- Fructification (carpophore) : la présence d’un carpophore brun-orange signifie que l’infestation est déjà bien établie et produit activement des spores.
- Bois dégradé en cubes bruns : cette dégradation caractéristique (pourriture cubique) indique que le champignon a déjà profondément attaqué la structure du bois.
- Odeur prononcée de champignon : une forte odeur de champignon ou de moisissure indique une infestation significative.
- Surface touchée supérieure à 0,5 m2 : au-delà de cette surface, les chances de réussite d’un traitement amateur sont quasi nulles.
- Éléments structurels touchés : si la mérule affecte des poutres, des solives ou des planchers porteurs, l’intervention d’un professionnel est impérative pour des raisons de sécurité.
Traitement DIY vs traitement professionnel : le comparatif
| Critère | Traitement DIY | Traitement professionnel |
|---|---|---|
| Coût initial | 50 - 200 EUR | 3 000 - 15 000 EUR |
| Profondeur de traitement | Surface uniquement | En profondeur (injection) |
| Diagnostic de l’étendue | Non | Oui (complet) |
| Traitement de l’humidité | Rarement | Systématique |
| Garantie | Aucune | Décennale |
| Risque de récidive | Très élevé | Faible |
| Certificat de traitement | Non | Oui |
| Coût en cas d’échec | 10 000 - 30 000+ EUR | Couvert par la garantie |
Le bon compromis : diagnostic professionnel, puis décision
La meilleure approche pour un propriétaire confronté à une suspicion de mérule est de faire réaliser un diagnostic professionnel avant toute intervention. Pour un coût de 200 à 500 euros, un expert certifié CTB-A+ évaluera la situation avec précision et vous indiquera si un traitement professionnel est indispensable ou si une intervention limitée est envisageable.
Ce diagnostic vous permettra de prendre une décision éclairée, basée sur des faits et non sur des suppositions. Dans le cas où un traitement professionnel s’avère nécessaire, le coût du diagnostic est souvent déduit du montant des travaux.
En résumé
Traiter la mérule soi-même est une option qui ne se justifie que dans des cas très limités : zone minuscule, champignon strictement superficiel, élément non structurel. Dans toutes les autres situations, le traitement amateur présente des risques majeurs de propagation, de dégradation structurelle et de perte financière bien supérieurs au coût d’une intervention professionnelle.
La mérule est un adversaire redoutable qui ne pardonne pas les demi-mesures. Plutôt que de tenter un traitement hasardeux, investissez dans un diagnostic professionnel qui vous donnera une vision claire de la situation et des solutions adaptées. Votre patrimoine immobilier mérite cette précaution.