Champignon ressemblant à la mérule : guide d'identification complet
Champignons ressemblant à la mérule : les identifier pour mieux réagir
Découvrir un champignon ressemblant à la mérule dans sa maison est une situation qui provoque immédiatement de l’inquiétude. Et à juste titre : la mérule pleureuse (Serpula lacrymans) est le champignon lignivore le plus destructeur des habitations en Europe. Mais tous les champignons qui apparaissent sur le bois ou les murs ne sont pas de la mérule. Plusieurs espèces présentent des similitudes visuelles qui peuvent prêter à confusion.
Dans cet article, nous passons en revue les principaux champignons du bois en maison que l’on confond fréquemment avec la mérule. Vous apprendrez à identifier chaque espèce, à comprendre les différences clés et à savoir quand faire appel à un professionnel.
Pourquoi l’identification est-elle si importante ?
Confondre un champignon inoffensif avec la mérule peut engendrer un stress inutile et des dépenses disproportionnées. À l’inverse, prendre la mérule pour une simple moisissure peut avoir des conséquences catastrophiques pour la structure du bâtiment.
Chaque espèce de champignon lignivore nécessite une approche de traitement différente. Le coniophore des caves, par exemple, ne nécessite pas les mêmes travaux que la mérule, car il ne possède pas la capacité de traverser les maçonneries. Un diagnostic erroné conduit inévitablement à un traitement inadapté, une perte de temps et d’argent, voire une aggravation des dégâts.
La mérule pleureuse : rappel des caractéristiques
Avant de décrire les champignons qui lui ressemblent, rappelons les traits distinctifs de la mérule pleureuse (Serpula lacrymans) :
- Mycélium : filaments blancs, cotonneux, souvent en éventail, pouvant se teinter de gris ou de violet en vieillissant
- Rhizomorphes : cordons de plusieurs millimètres de diamètre, gris à bruns, capables de traverser la maçonnerie pour transporter l’eau
- Fructification : sporophore en forme de galette ou de crêpe, de couleur brun-roux à orangée, avec un bord blanc caractéristique
- Spores : poudre brun-rouille qui se dépose sur les surfaces environnantes
- Odeur : forte odeur de champignon forestier, parfois décrite comme terreuse ou fongique
- Dégâts : pourriture cubique brune, le bois se fragmente en petits cubes et devient friable
La mérule se développe dans des conditions bien précises : humidité supérieure à 20 %, température entre 20 et 26 degrés Celsius, obscurité et mauvaise ventilation. C’est dans les caves, vides sanitaires, derrière les doublages et sous les planchers qu’elle prolifère le plus.
Le coniophore des caves (Coniophora puteana)
Le coniophore des caves est sans doute le champignon le plus souvent confondu avec la mérule. C’est d’ailleurs le deuxième champignon lignivore le plus répandu dans les habitations françaises.
Aspect et identification
Le coniophore se présente sous la forme d’un mycélium brun foncé à noirâtre, plus fin et moins cotonneux que celui de la mérule. Sa fructification est une fine couche brunâtre, croûteuse, étalée directement sur le bois, sans la forme de galette caractéristique de la mérule. Les cordons mycéliens du coniophore sont fins, bruns à noirs, et ne dépassent généralement pas un millimètre de diamètre.
Différences clés avec la mérule
La différence mérule moisissure ou mérule/coniophore est fondamentale pour le traitement :
- Rhizomorphes : contrairement à la mérule, le coniophore ne produit pas de rhizomorphes épais capables de traverser la maçonnerie. Il ne peut donc pas transporter l’eau sur de longues distances.
- Couleur du mycélium : le mycélium du coniophore est brun à noir, alors que celui de la mérule est blanc à gris.
- Conditions de développement : le coniophore nécessite un taux d’humidité plus élevé (supérieur à 30 %) et un contact direct avec l’eau. Supprimez la source d’humidité, et sa croissance s’arrête.
- Vitesse de propagation : le coniophore se développe plus lentement et reste localisé à la zone humide.
Dégâts provoqués
Le coniophore provoque également une pourriture cubique brune, ce qui rend la confusion encore plus facile quand on observe uniquement les dégâts sur le bois. Le bois attaqué se fissure en petits cubes, prend une teinte brunâtre et perd toute résistance mécanique. Néanmoins, les dégâts restent généralement confinés à la zone directement exposée à l’humidité.
Le polypore des caves (Donkioporia expansa)
Le polypore des caves est un champignon lignivore moins connu du grand public mais redoutablement destructeur. Il s’attaque particulièrement aux bois feuillus et peut provoquer des dégâts structurels considérables.
Aspect et identification
Donkioporia expansa forme une fructification épaisse, ligneuse, de couleur blanchâtre à crème lorsqu’elle est jeune, virant au brun clair en vieillissant. Sa surface inférieure présente des pores fins, typiques des polypores. Le mycélium est blanc, épais et fibreux, et peut former des cordons assez volumineux.
Différences clés avec la mérule
- Fructification : le polypore forme une masse épaisse, rigide et ligneuse, très différente de la galette molle et spongieuse de la mérule.
- Substrat préféré : Donkioporia expansa s’attaque préférentiellement aux bois feuillus (chêne notamment), tandis que la mérule a une préférence pour les résineux mais peut attaquer tous types de bois.
- Couleur des spores : les spores du polypore sont blanchâtres, contrairement aux spores brun-rouille de la mérule.
- Type de pourriture : le polypore provoque une pourriture fibreuse blanche (le bois devient clair et filandreux), tandis que la mérule cause une pourriture cubique brune.
Dégâts provoqués
Le polypore des caves est un destructeur lent mais persistant. Il s’attaque aux poutres, aux solives et aux planchers, en particulier dans les bâtiments anciens où les bois sont en contact avec la maçonnerie humide. Les dégâts sont souvent découverts tardivement car le champignon progresse à l’intérieur du bois, l’extérieur paraissant parfois encore sain. Les dégâts structurels peuvent être très importants, justifiant une intervention rapide.
La lenzite (Gloeophyllum sepiarium et espèces proches)
La lenzite (ou gloeophylle) est un champignon que l’on rencontre fréquemment sur les bois extérieurs. Elle est parfois repérée à l’intérieur des habitations sur des bois de charpente exposés aux infiltrations.
Aspect et identification
La lenzite forme des carpophores en forme de console ou d’étagère, de petite à moyenne taille (3 à 12 cm). La face supérieure est veloutée, de couleur brun-roux à brun foncé, avec des zones concentriques. La face inférieure présente des lamelles (et non des pores), ce qui est un critère d’identification important. Le mycélium est brun et discret.
Différences clés avec la mérule
- Forme : la lenzite forme des consoles rigides fixées au bois, alors que la mérule produit une fructification étalée en forme de galette.
- Lamelles : la présence de lamelles sous le carpophore distingue immédiatement la lenzite de la mérule, qui présente une surface ridée et plissée.
- Milieu de prédilection : la lenzite préfère les bois exposés aux intempéries (charpentes ventilées, bardages, clôtures, piquets). Elle supporte des conditions plus sèches que la mérule.
- Bois attaqué : elle se spécialise principalement dans les bois résineux (pin, épicéa, sapin).
Dégâts provoqués
La lenzite provoque une pourriture cubique brune, similaire visuellement à celle de la mérule. Le bois se fragmente et perd sa résistance. Cependant, les dégâts de la lenzite se limitent généralement aux pièces de bois directement exposées et ne se propagent pas à travers le bâtiment comme peut le faire la mérule.
Les moisissures communes : une confusion fréquente
La confusion la plus répandue concerne la différence entre mérule et moisissure. De nombreux propriétaires découvrent des taches sombres ou des duvets blancs sur leurs murs et pensent immédiatement à la mérule, alors qu’il s’agit souvent de moisissures banales.
Les moisissures les plus courantes
- Aspergillus : moisissure noire ou verdâtre, très courante dans les pièces humides (salle de bain, cuisine). Elle reste en surface et ne dégrade pas le bois.
- Penicillium : moisissure bleu-vert, souvent présente sur les murs humides, les joints de carrelage ou les aliments. Elle ne s’attaque pas à la structure du bois.
- Cladosporium : moisissure noire qui se développe sur les surfaces humides, les cadres de fenêtre, les joints de salle de bain. Superficielle et sans danger pour le bâti.
- Stachybotrys : moisissure noire toxique qui se développe sur les matériaux contenant de la cellulose (placoplâtre, papier peint) en présence d’humidité importante. Dangereuse pour la santé mais ne détruit pas le bois.
Comment les distinguer de la mérule
La distinction est généralement assez claire pour un oeil averti :
- Les moisissures restent en surface : elles ne pénètrent pas dans la masse du bois et ne le dégradent pas structurellement.
- Pas de cordons mycéliens : les moisissures ne forment jamais de rhizomorphes ni de cordons capables de transporter l’eau.
- Pas de pourriture cubique : le bois sous les moisissures reste structurellement intact.
- Odeur différente : les moisissures ont une odeur de moisi, de renfermé, différente de l’odeur fongique prononcée de la mérule.
- Facilité de nettoyage : les moisissures superficielles s’éliminent souvent avec un traitement antifongique de surface, ce qui est totalement inefficace contre la mérule.
Tableau comparatif des champignons
Pour vous aider à y voir plus clair, voici un récapitulatif des principales différences entre ces champignons :
| Champignon | Aspect | Couleur | Danger | Traitement |
|---|---|---|---|---|
| Mérule Serpula lacrymans | Galette molle, mycélium en éventail, rhizomorphes épais | Brun-roux à orange, bord blanc, spores brunes | Très élevé : traverse les murs, destruction massive | Traitement lourd : injection, décapage, remplacement du bois, assèchement |
| Coniophore Coniophora puteana | Croûte fine brunâtre, cordons fins et sombres | Brun foncé à noir | Modéré : reste localisé à la zone humide | Suppression de l'humidité, traitement fongicide localisé, remplacement du bois atteint |
| Polypore des caves Donkioporia expansa | Masse épaisse ligneuse avec pores fins | Blanchâtre à brun clair | Élevé : dégâts structurels importants sur feuillus | Remplacement des bois atteints, traitement fongicide, contrôle de l'humidité |
| Lenzite Gloeophyllum sepiarium | Console rigide avec lamelles sous le chapeau | Brun-roux, zones concentriques | Modéré : limité aux bois exposés | Remplacement des bois atteints, traitement préventif, amélioration de la ventilation |
| Moisissures Aspergillus, Penicillium... | Duvet ou taches en surface, pas de cordons | Variable : noir, vert, bleu, blanc | Faible pour le bâti : pas de dégradation du bois | Nettoyage, ventilation, traitement antifongique de surface |
Quand faut-il s’inquiéter ?
Certains signes doivent vous alerter immédiatement et justifient l’intervention d’un expert :
- Filaments blancs ou gris en éventail qui se propagent sur les murs, les plinthes ou derrière les meubles
- Cordons gris ou bruns de plus de 2 mm de diamètre qui courent le long des murs ou des canalisations
- Bois qui se fragmente en petits cubes et qui s’effrite au toucher
- Odeur persistante de champignon dans une pièce, même après aération
- Galette ou crêpe brune à orangée sur une surface de bois ou de mur
- Poudre brun-rouille déposée sur le sol ou les surfaces horizontales (spores de mérule)
Si vous observez un ou plusieurs de ces signes, il est essentiel de ne pas toucher ni gratter le champignon, car cela libère des spores et peut accélérer la dispersion. Contactez un professionnel certifié en diagnostic fongique.
Les étapes d’un diagnostic professionnel
Un diagnostic fiable passe par plusieurs étapes :
- Inspection visuelle : l’expert examine les zones suspectes, le mycélium, les fructifications et les dégâts sur le bois.
- Prélèvement d’échantillons : un fragment de champignon ou de bois est prélevé pour analyse en laboratoire.
- Analyse mycologique : l’échantillon est examiné au microscope pour identifier l’espèce avec certitude. L’observation des spores, des hyphes et de la structure du champignon permet une identification précise.
- Évaluation de l’étendue : à l’aide de sondages et parfois de caméras thermiques, l’expert détermine l’ampleur de l’infestation.
- Rapport et préconisations : un rapport détaillé est remis, incluant l’identification de l’espèce, l’étendue des dégâts et les travaux de traitement recommandés.
Que faire en cas de doute ?
Face à un champignon du bois dans votre maison, la règle d’or est simple : ne pas attendre. Que le champignon soit de la mérule ou une autre espèce, tout retard laisse le temps aux dégâts de s’aggraver.
Voici les réflexes à adopter :
- Photographiez le champignon sous différents angles, avec un objet de référence pour l’échelle
- Notez les conditions : humidité de la pièce, ventilation, proximité avec des sources d’eau
- Ne touchez pas au champignon et ne tentez pas de le retirer vous-même
- Ventilez la zone en ouvrant les fenêtres pour réduire l’humidité ambiante
- Contactez un expert pour un diagnostic précis et des préconisations adaptées
Conclusion
Les champignons ressemblant à la mérule sont nombreux et la confusion est compréhensible. Le coniophore des caves, le polypore des caves, la lenzite et les moisissures communes présentent tous des similitudes visuelles qui peuvent tromper un oeil non averti. Cependant, les conséquences d’une identification erronée sont significatives : un traitement inadapté, des coûts supplémentaires, ou pire, une propagation non maîtrisée de la mérule.
La clé réside dans une intervention rapide et un diagnostic professionnel. Seul un expert mycologue peut identifier avec certitude l’espèce en présence et recommander le traitement adapté. N’attendez pas que les dégâts deviennent irrémédiables pour agir.