Mérule mur : détecter et traiter la mérule sur les murs de votre maison
La mérule sur les murs : un danger souvent invisible
Lorsqu’on pense à la mérule, on imagine spontanément des poutres en bois dévorées par le champignon. Pourtant, la mérule sur les murs constitue l’une des manifestations les plus fréquentes et les plus insidieuses de ce fléau. Qu’il s’agisse de murs en pierre, de cloisons en placoplâtre ou de murs enduits, aucune paroi n’est véritablement à l’abri dès que les conditions d’humidité sont réunies.
La mérule des maisons (Serpula lacrymans) ne se nourrit pas directement de la pierre ou du béton. En revanche, elle utilise les murs comme support de propagation pour atteindre les éléments en bois : poutres, solives, plinthes, huisseries ou lambris. C’est justement ce comportement qui rend la mérule sur mur si dangereuse : elle peut progresser sur plusieurs mètres de maçonnerie avant de révéler sa présence, causant des dégâts considérables dans les structures boisées qu’elle rencontre sur son passage.
Pourquoi les murs sont-ils vulnérables à la mérule ?
Le rôle central de l’humidité
Le facteur déterminant dans l’apparition de la mérule est l’humidité. Un mur intérieur dont le taux d’humidité dépasse 20 % devient un terrain propice au développement du champignon. Plusieurs situations provoquent cette humidité excessive :
- Remontées capillaires : l’eau du sol remonte dans les murs par capillarité, surtout dans les maisons anciennes dépourvues de barrière d’étanchéité.
- Infiltrations latérales : une fissure dans la façade, un joint de fenêtre défaillant ou un enduit dégradé laissent pénétrer l’eau de pluie.
- Condensation : dans les pièces mal ventilées (salles de bain, cuisines, sous-sols), la vapeur d’eau se condense sur les murs froids et les maintient humides en permanence.
- Fuites de canalisations : une fuite même minime, dissimulée dans un mur, peut alimenter la mérule pendant des mois sans être détectée.
Le manque de ventilation : l’allié de la mérule
La mérule prospère dans les espaces confinés et peu ventilés. Les murs situés dans des caves, des vides sanitaires ou derrière du mobilier plaqué contre la paroi sont particulièrement exposés. Quand l’air ne circule pas, l’humidité stagne et la température reste stable, créant un microclimat parfait pour le champignon.
Les doublages de murs (placo, lambris) aggravent considérablement ce problème. Ils créent un espace mort entre le mur porteur et le parement, un vide d’air où l’humidité s’accumule sans pouvoir s’évacuer. C’est dans cet espace invisible que la mérule se développe le plus souvent, parfois pendant des années, avant qu’un signe extérieur n’alerte les occupants.
Reconnaître la mérule sur différents types de murs
Les signes d’une infestation de mérule varient selon la nature du mur. Apprendre à les identifier permet d’agir plus rapidement.
Mérule sur mur en pierre
Les murs en pierre des maisons anciennes sont les plus fréquemment touchés. La mérule s’installe dans les joints de mortier (mortier à base de chaux ou de terre), qui retiennent l’humidité et contiennent parfois des matières organiques. Les signes à surveiller :
- Filaments blancs ou grisâtres courant le long des joints entre les pierres
- Cordons (rhizomorphes) d’aspect cireux, parfois épais de plusieurs millimètres, visibles en surface
- Efflorescences blanches ou brunes qui peuvent être confondues avec du salpêtre
- Odeur de champignon prononcée, surtout dans les pièces peu aérées
- Fructifications (carpophores) de couleur brun-orange, en forme de galette molle, qui libèrent des spores brun-rouille
Mérule sur mur plâtré ou enduit
Sur un mur enduit, la mérule se développe généralement derrière la couche de finition. Les indices visibles sont plus subtils :
- Cloques ou boursouflures dans la peinture ou le papier peint
- Taches d’humidité persistantes, brunes ou jaunâtres, qui ne s’expliquent pas par une source d’eau évidente
- Décollement progressif de l’enduit ou du revêtement mural
- Gondolement des plinthes en bois fixées au mur
- Poudre brun-rouille (spores) déposée au pied du mur
Mérule derrière le placo (placoplâtre)
La mérule derrière placo est la situation la plus traître. Le placoplâtre masque complètement l’infestation pendant une longue période. Quand les signes deviennent visibles, les dégâts sont souvent considérables :
- Taches sombres qui traversent la plaque de plâtre
- Déformation de la surface du placo (bombement, ramollissement)
- Odeur de moisi intense et persistante sans source apparente
- Apparition de champignons en surface, signe d’une colonisation avancée
- Dégradation des montants en bois de l’ossature, si la cloison est montée sur une structure bois
Comment la mérule se propage à travers les murs
La capacité de propagation de la mérule est l’une de ses caractéristiques les plus redoutables. Le champignon développe un réseau de filaments appelés rhizomorphes (ou cordons mycéliens) capables de traverser des matériaux non nutritifs pour atteindre de nouvelles sources de cellulose.
Un champignon qui traverse la maçonnerie
Les rhizomorphes de la mérule peuvent :
- Traverser les joints de maçonnerie en s’infiltrant dans les interstices du mortier
- Passer à travers les fissures même les plus fines du béton ou de la pierre
- Longer les canalisations et les passages de câbles électriques d’une pièce à l’autre
- Franchir les planchers et les plafonds, passant ainsi d’un étage à l’autre
- Transporter leur propre eau : contrairement à la plupart des champignons, la mérule est capable de véhiculer l’humidité via ses cordons, ce qui lui permet de coloniser des zones relativement sèches
Cette capacité à transporter l’eau est cruciale pour comprendre pourquoi un mur intérieur apparemment sec peut être colonisé. La mérule n’a pas besoin que la totalité du mur soit humide : il lui suffit d’un point d’entrée humide pour ensuite étendre son réseau sur plusieurs mètres dans toutes les directions.
La vitesse de progression
Dans des conditions optimales (température entre 20 et 26 degrés, humidité supérieure à 22 %), la mérule peut progresser de plusieurs centimètres par semaine sur un mur. Elle avance plus rapidement le long des joints, des fissures et des espaces derrière les doublages. En quelques mois, une infestation localisée peut contaminer toute une pièce, voire se propager aux pièces voisines à travers les murs mitoyens.
Que faire si vous suspectez de la mérule sur un mur ?
Étape 1 : ne pas intervenir soi-même
La première réaction est souvent de vouloir arracher le revêtement pour voir l’étendue des dégâts. C’est une erreur. En manipulant les matériaux contaminés, vous risquez de disperser des millions de spores dans l’air, favorisant la contamination d’autres zones de la maison. De plus, un traitement superficiel (eau de javel, produit antifongique grand public) est totalement inefficace contre la mérule et donne un faux sentiment de sécurité.
Étape 2 : faire réaliser un diagnostic professionnel
Un diagnostic mérule par un expert certifié est indispensable. Le professionnel utilise des outils spécifiques :
- Hygromètre pour mesurer le taux d’humidité des murs en profondeur
- Caméra thermique pour détecter les zones humides cachées
- Caméra endoscopique pour inspecter les espaces derrière les doublages sans tout démolir
- Prélèvement mycologique pour confirmer qu’il s’agit bien de Serpula lacrymans et non d’un autre champignon lignivore
Ce diagnostic permet de cartographier précisément l’étendue de l’infestation et de définir le périmètre d’intervention.
Étape 3 : identifier et traiter la source d’humidité
Traiter la mérule sans résoudre le problème d’humidité qui l’a provoquée est voué à l’échec. Le champignon reviendra inévitablement. Avant ou en parallèle du traitement fongicide, il faut :
- Réparer les fuites et les infiltrations
- Mettre en place un système de drainage ou une barrière contre les remontées capillaires
- Améliorer la ventilation des pièces touchées (VMC, grilles de ventilation)
- Supprimer les ponts thermiques responsables de la condensation
Le traitement de la mérule sur les murs
Le protocole de traitement d’un mur infesté par la mérule suit des étapes rigoureuses qui ne peuvent être exécutées que par un professionnel qualifié.
Dépose des matériaux contaminés
Tous les matériaux touchés doivent être retirés dans un périmètre de sécurité d’au moins un mètre au-delà des zones visiblement infestées. Cela inclut :
- Les plaques de placoplâtre et leur ossature
- Les enduits et revêtements muraux (peinture, papier peint, lambris)
- Les plinthes, les huisseries et toute boiserie en contact avec le mur
- Les isolants contaminés (laine de verre, polystyrène)
Ces matériaux doivent être évacués dans des sacs étanches et éliminés en déchèterie agréée. Ils ne doivent jamais être réutilisés ou stockés à proximité d’un bâtiment.
Traitement fongicide des murs
Une fois les matériaux retirés et le mur mis à nu, le traitement fongicide s’effectue en plusieurs passes :
- Brossage mécanique du mur pour éliminer les filaments et le mycélium de surface
- Brûlage au chalumeau des zones les plus contaminées pour détruire les spores en profondeur
- Application par injection d’un produit fongicide agréé dans la maçonnerie, selon un maillage précis (forages tous les 20 à 30 cm)
- Pulvérisation de surface d’un traitement fongicide complémentaire sur l’ensemble du mur et les murs adjacents
Remise en état
La reconstruction doit respecter des principes qui empêcheront la mérule de revenir :
- Utiliser des matériaux traités ou insensibles aux champignons
- Prévoir une lame d’air ventilée entre le mur et tout nouveau doublage
- Éviter le contact direct entre les éléments en bois et la maçonnerie (utiliser des coupures de capillarité)
- Installer une ventilation adaptée dans les pièces concernées
Prévenir l’apparition de la mérule sur vos murs
La prévention reste la meilleure arme contre la mérule. Voici les mesures essentielles pour protéger vos murs :
Contrôler l’humidité
- Mesurez régulièrement le taux d’humidité de vos murs, en particulier dans les caves, les sous-sols et les pièces orientées au nord
- Traitez rapidement toute fuite d’eau, même minime
- Vérifiez l’étanchéité de votre toiture, de vos façades et de vos menuiseries chaque année
- Drainez le terrain autour de votre maison si nécessaire pour éviter les remontées capillaires
Assurer une bonne ventilation
- Installez une VMC (ventilation mécanique contrôlée) si votre maison n’en est pas équipée
- Ne bloquez jamais les grilles de ventilation existantes
- Aérez quotidiennement chaque pièce pendant au moins 10 minutes, même en hiver
- Évitez de coller les meubles directement contre les murs extérieurs : laissez un espace de 5 à 10 cm pour permettre la circulation de l’air
Surveiller les zones à risque
- Inspectez régulièrement les caves, les vides sanitaires et les espaces sous les escaliers
- Soyez vigilant après tout dégât des eaux, même si la zone semble sèche en surface
- Faites vérifier les doublages anciens en placoplâtre, surtout dans les maisons antérieures aux années 2000 où l’étanchéité était souvent insuffisante
En résumé : agir vite face à la mérule sur les murs
La mérule sur les murs n’est pas un problème esthétique : c’est une menace structurelle pour votre maison et un risque sanitaire pour ses occupants. Les spores de mérule peuvent provoquer des troubles respiratoires, et les dégâts causés aux boiseries peuvent compromettre la solidité du bâtiment.
Les points essentiels à retenir :
- La mérule utilise les murs comme voie de propagation, même si elle ne s’en nourrit pas directement
- L’humidité et le manque de ventilation sont les deux facteurs déclenchants principaux
- Les doublages en placo sur murs humides représentent un risque majeur
- Seul un professionnel certifié peut diagnostiquer et traiter efficacement la mérule
- Le traitement de la cause (humidité) est aussi important que le traitement du champignon lui-même
Ne laissez pas la mérule s’installer. Plus l’intervention est précoce, plus le traitement est simple, rapide et économique.