Comment reconnaître la mérule ? Signes visuels, odeur et tests (2025)
Vous suspectez la présence d’un champignon dans votre habitation et vous vous demandez comment reconnaître la mérule ? L’identification précise de Serpula lacrymans est une étape cruciale : confondre la mérule avec une simple moisissure ou un autre champignon peut retarder le traitement de plusieurs mois et multiplier les dégâts par dix. Chaque année, des milliers de propriétaires français découvrent la mérule trop tard, faute d’avoir su interpréter les premiers signes.
Ce guide détaillé vous apprend à identifier la mérule grâce à cinq méthodes complémentaires : les signes visuels, l’odeur, le toucher, le test de l’ongle et l’analyse de la pourriture cubique. Vous saurez aussi quand il est indispensable de faire appel à un professionnel.
Les signes visuels : la première clé d’identification
La reconnaissance visuelle est la méthode la plus directe pour identifier la mérule. Le champignon présente des caractéristiques distinctes à chaque stade de son développement.
Le mycélium blanc et cotonneux
Le premier signe visible est l’apparition d’un mycélium blanc à gris argenté sur les surfaces. Ce réseau de filaments forme une masse cotonneuse, semblable à de la ouate ou à une toile d’araignée épaisse. Au tout début, les filaments sont fins et discrets. Au fur et à mesure que le champignon se développe, ils s’épaississent et forment un feutrage dense pouvant recouvrir des surfaces de plusieurs dizaines de centimètres carrés.
Le mycélium de la mérule se distingue de celui des moisissures classiques par sa texture. Il est plus épais, plus structuré et adhère fermement au support. Alors qu’une moisissure se retire facilement d’un coup de chiffon, le mycélium de la mérule résiste et réapparaît rapidement si les conditions restent favorables.
Les cordons mycéliens (rhizomorphes)
Les rhizomorphes sont l’un des marqueurs les plus caractéristiques de la mérule. Ces cordons mycéliens, de couleur grise à brune, ressemblent à de petites racines ou à des ficelles. Ils peuvent mesurer de quelques millimètres à deux centimètres de diamètre et s’étendre sur plusieurs mètres de longueur.
Leur rôle est de transporter l’eau et les nutriments à travers le réseau du champignon. Grâce à eux, la mérule peut franchir des obstacles non nutritifs comme la maçonnerie, le mortier, les enduits ou même les canalisations métalliques. Si vous observez des cordons grisâtres parcourant un mur en pierre ou en brique, la probabilité qu’il s’agisse de mérule est très élevée.
Le carpophore (fructification)
Le carpophore est la partie la plus spectaculaire et la plus reconnaissable de la mérule. C’est l’organe de fructification du champignon, celui qui produit les spores. Il se présente sous forme d’une masse charnue, de couleur brun-rouille à orangé, bordée d’un liseré blanc caractéristique sur ses contours.
Sa surface est irrégulière, plissée et bosselée, parfois comparée à une crêpe épaisse ou une galette aplatie. Sa taille varie de quelques centimètres à plus d’un mètre de diamètre dans les cas extrêmes. Le carpophore est généralement mou et humide au toucher.
La présence d’un carpophore indique une infestation mature. Le champignon a accumulé suffisamment de réserves nutritives pour produire des millions de spores chaque jour, qui se déposent sous forme d’une fine poussière brun-rouille sur les surfaces environnantes. Cette poussière de spores est d’ailleurs un indice visuel important : si vous observez un dépôt roussâtre sur le sol, les meubles ou les rebords de fenêtres à proximité d’un mur suspect, c’est un signal fort.
Les déformations des boiseries
La mérule attaque le bois de l’intérieur, ce qui provoque des déformations visibles en surface bien avant que le champignon lui-même ne soit apparent :
- Les planchers gondolent ou présentent des zones souples sous les pieds
- Les portes ne ferment plus correctement dans leur cadre
- Les plinthes se décollent ou se déforment
- La peinture cloque ou s’écaille sur les surfaces en bois
- Le papier peint se décolle localement, souvent accompagné de taches brunes
Ces signes sont souvent interprétés comme de simples conséquences de l’humidité. Or, ils peuvent révéler une destruction active du bois par la mérule, cachée derrière le revêtement.
Reconnaître la mérule par l’odeur
L’odorat est un outil de détection souvent sous-estimé. La mérule dégage une odeur caractéristique de champignon de forêt, distincte de l’odeur de moisi habituelle. Plusieurs termes reviennent pour la décrire : odeur terreuse, de sous-bois humide, de cave à champignons, avec parfois une note légèrement sucrée ou nauséabonde à un stade avancé.
Ce qui distingue l’odeur de la mérule d’une simple odeur de moisissure, c’est qu’elle est persistante et localisée. Elle ne disparaît pas après aération de la pièce. Elle est souvent concentrée dans une zone précise de la maison : un angle de mur, un dessous de plancher, un renfoncement. Elle tend à s’intensifier au fil du temps plutôt qu’à se stabiliser.
Pour de nombreux occupants, cette odeur est le tout premier indice perçu, avant même que le moindre signe visuel ne soit détectable. Si vous sentez une odeur de champignon persistante dans votre habitation, en particulier dans les zones humides et peu ventilées, prenez ce signal très au sérieux.
Pour un guide complet sur l’odeur de mérule, consultez notre article dédié sur l’odeur de la mérule.
Le test du toucher : évaluer l’état du bois
Le toucher fournit des informations précieuses sur l’état de dégradation du bois et peut aider à confirmer une suspicion de mérule.
Le test de l’ongle
Le test de l’ongle est une méthode simple pour évaluer la solidité du bois. Appuyez votre ongle ou la pointe d’un tournevis contre la surface du bois suspect. Si le bois est sain, il offre une résistance nette et votre ongle ne pénètre pas. Si le bois est attaqué par la mérule, votre ongle s’enfonce facilement, parfois sur plusieurs millimètres, et le bois s’effrite sous la pression.
Ce test est particulièrement révélateur sur les zones d’appui des poutres, les pieds de montants, les soubassements de portes et les plinthes. Un bois qui cède au test de l’ongle a perdu une part significative de sa résistance mécanique.
La texture du bois attaqué
Un bois attaqué par la mérule présente une texture modifiée que l’on peut sentir au toucher :
- Il est anormalement léger par rapport à sa taille, car la cellulose qui lui donnait sa densité a été décomposée
- Il est sec et friable malgré l’environnement humide, et se casse facilement en petits fragments
- Il produit un son creux lorsqu’on le tapote, contrairement au son plein d’un bois sain
- Sa surface est rugueuse et fissurée au toucher, avec des arêtes nettes entre les cubes de pourriture
La pourriture cubique : le signe pathognomonique
La pourriture cubique brune est le signe le plus fiable pour identifier une attaque de mérule. C’est ce que les spécialistes appellent un signe pathognomonique : sa présence confirme avec une quasi-certitude l’attaque d’un champignon lignivore de type mérule ou apparenté.
Comment se forme la pourriture cubique
La mérule se nourrit de la cellulose contenue dans le bois, qui représente environ 40 à 50 % de sa masse. En décomposant sélectivement la cellulose (composant clair et souple), elle laisse derrière elle la lignine (composant brun et rigide). Le bois privé de cellulose perd sa souplesse et se rétracte, créant un réseau de fissures perpendiculaires qui découpent le bois en petits parallélépipèdes, d’où le nom de pourriture cubique.
Reconnaître la pourriture cubique
Pour reconnaître sans ambiguïté la pourriture cubique, observez ces caractéristiques :
- Le bois est devenu brun foncé, parfois presque noir
- Il est quadrillé de fissures profondes, tant dans le sens du fil que perpendiculairement
- Les morceaux se détachent sous forme de petits cubes ou blocs rectangulaires
- Le bois est devenu extrêmement léger et se réduit en poudre entre les doigts
- Il ne conserve aucune résistance mécanique et se brise sans effort
Un bois présentant une pourriture cubique avancée a perdu jusqu’à 90 % de sa résistance structurelle. Si ce bois fait partie d’un élément porteur (poutre, solive, charpente), la situation présente un risque réel d’effondrement.
Les erreurs d’identification les plus fréquentes
Même avec une bonne connaissance des signes, certaines confusions restent courantes. Voici les pièges les plus fréquents et comment les éviter.
Confondre mérule et moisissures noires
Les moisissures noires (Aspergillus niger, Stachybotrys chartarum) forment des taches sombres sur les surfaces humides. Elles ne dégradent pas le bois en profondeur et ne produisent pas de pourriture cubique. Leur traitement est beaucoup plus simple. La mérule, elle, ne forme jamais de taches noires en surface : son mycélium est blanc, ses cordons sont gris et son carpophore est brun-rouille.
Confondre mérule et coniophore des caves
Le coniophore des caves (Coniophora puteana) provoque aussi une pourriture cubique brune, ce qui le rend facilement confondable avec la mérule. Les différences clés : le coniophore ne forme pas de rhizomorphes capables de traverser les murs, ses fructifications sont fines et brun olivâtre (jamais orangées), et il a besoin d’un taux d’humidité beaucoup plus élevé pour se développer. Pour approfondir ce sujet, consultez notre article sur les champignons ressemblants à la mérule.
Confondre mérule et salpêtre
Le salpêtre (efflorescences salines) forme des dépôts blanchâtres sur les murs humides qui peuvent être confondus avec le mycélium de la mérule. La différence est nette : le salpêtre est sec, cristallin et se broie en poudre fine entre les doigts. Le mycélium de la mérule est souple, cotonneux et adhère au support.
Quand appeler un professionnel ?
Même si vous maîtrisez les critères d’identification, certaines situations exigent une intervention professionnelle immédiate :
- Vous observez un carpophore (fructification brun-rouille) : l’infestation est avancée et la dispersion de spores est massive
- Vous repérez des cordons mycéliens sur les murs : la mérule est en phase active de propagation
- Le bois présente une pourriture cubique sur un élément porteur : risque structurel immédiat
- Une odeur de champignon persistante ne trouve pas d’explication visible : le foyer est probablement caché
- Vous êtes dans une zone à risque (Bretagne, Nord, Normandie) et votre habitation présente des problèmes d’humidité chroniques
Le professionnel dispose d’outils que vous n’avez pas : hygromètre professionnel pour mesurer précisément l’humidité du bois, caméra thermique pour détecter les zones humides cachées, endoscope pour inspecter l’intérieur des cloisons et sondages non destructifs pour évaluer l’étendue de l’infestation en profondeur.
N’oubliez pas : un diagnostic précoce est la clé d’un traitement efficace et économique. Chaque semaine de retard laisse au champignon le temps de progresser et d’aggraver les dégâts.