Mérule pierre : propagation, signes et traitement sur les murs en pierre

La mérule et la pierre : une relation méconnue

Quand on évoque la mérule et la pierre, une confusion fréquente apparaît. Beaucoup de propriétaires pensent que leurs murs en pierre sont à l’abri du champignon, puisque la mérule est connue pour dévorer le bois. D’autres, à l’inverse, craignent que la mérule ne détruise leurs murs en pierre comme elle détruit les poutres.

La réalité se situe entre ces deux extrêmes. La mérule ne se nourrit pas de la pierre et ne la dégrade pas directement. Mais elle utilise la pierre comme support de propagation, parcourant les murs en maçonnerie sur plusieurs mètres pour atteindre de nouvelles sources de cellulose. Les maisons anciennes en pierre, avec leurs murs épais et humides, leurs joints poreux et leurs nombreuses boiseries, sont paradoxalement parmi les habitations les plus touchées par ce champignon.

La mérule ne mange pas la pierre, mais l’utilise

Ce que fait réellement la mérule sur la pierre

Serpula lacrymans est un champignon lignivore : il se nourrit exclusivement de cellulose, un composant organique présent dans le bois et ses dérivés. La pierre, le granit, le calcaire, le grès ou le schiste ne contiennent pas de cellulose. La mérule n’a donc aucun intérêt nutritif à s’attaquer à ces matériaux.

En revanche, la mérule développe un remarquable réseau de cordons mycéliens (appelés rhizomorphes) qui lui permettent de se déplacer sur des surfaces non nutritives pour relier différentes sources de nourriture. Ces cordons remplissent un rôle vital pour le champignon :

  • Transport de l’eau : les rhizomorphes sont capables de véhiculer l’humidité sur plusieurs mètres, permettant à la mérule de coloniser des bois relativement éloignés de la source d’humidité initiale.
  • Transport des nutriments : les substances nutritives extraites du bois circulent dans les cordons pour alimenter l’ensemble du champignon.
  • Exploration : les cordons explorent l’environnement dans toutes les directions pour trouver de nouvelles sources de cellulose.

C’est cette capacité à traverser la pierre qui rend la mérule si dangereuse dans les maisons anciennes en maçonnerie.

Les voies de passage à travers la pierre

La mérule ne traverse pas la pierre massive elle-même. Elle emprunte les points faibles de la maçonnerie :

  • Joints de mortier : les joints entre les pierres, surtout ceux en mortier de chaux ou de terre, sont poreux et retiennent l’humidité. Les cordons de la mérule s’y infiltrent facilement.
  • Fissures et microfissures : toute fissure dans la maçonnerie, même invisible à l’œil nu, constitue une voie de passage potentielle.
  • Espaces entre les pierres : dans les murs en moellons ou en pierre sèche, les interstices entre les éléments offrent un passage aisé.
  • Passages de canalisations et câbles : les percements dans les murs pour le passage des réseaux sont autant d’opportunités pour le champignon.
  • Interfaces mur/plancher et mur/plafond : les jonctions entre les murs et les autres éléments constructifs présentent souvent des jeux ou des fissures par lesquels la mérule se faufile.

Pourquoi les maisons en pierre sont-elles particulièrement touchées ?

Les maisons anciennes en pierre figurent parmi les habitations les plus fréquemment infestées par la mérule. Plusieurs facteurs expliquent cette vulnérabilité spécifique.

L’humidité chronique des murs en pierre

Les murs en pierre anciens présentent des caractéristiques qui favorisent l’humidité :

  • Absence de barrière d’étanchéité : les maisons construites avant le milieu du XXe siècle sont généralement dépourvues de membrane d’étanchéité entre les fondations et les murs. L’eau du sol remonte librement par capillarité.
  • Porosité des matériaux : le mortier de chaux, la terre ou le simple empilement de pierres laissent pénétrer l’eau de pluie et la condensation.
  • Murs enterrés sans drainage : les caves et les murs de soubassement sont en contact direct avec le sol humide, sans drainage périmétriques.
  • Épaisseur des murs : paradoxalement, l’épaisseur des murs en pierre favorise l’accumulation d’humidité à l’intérieur de la maçonnerie. L’eau pénètre mais met beaucoup de temps à s’évaporer.

L’abondance de boiseries

Les maisons en pierre anciennes contiennent généralement de nombreux éléments en bois :

  • Poutres apparentes et solives encastrées dans les murs
  • Planchers en bois sur lambourdes
  • Charpentes traditionnelles en bois massif
  • Escaliers, portes, fenêtres et volets en bois
  • Lambris et parquets anciens

Chacun de ces éléments constitue une cible pour la mérule, et les points d’encastrement dans la maçonnerie (abouts de poutres, scellements) sont les zones les plus vulnérables car c’est là que le bois est en contact direct avec la pierre humide.

Le manque de ventilation

Les maisons anciennes en pierre posent souvent des problèmes de ventilation :

  • Les murs épais limitent les échanges d’air
  • Les caves et soubassements sont fermés et confinés
  • Les travaux de rénovation (double vitrage, isolation intérieure) réduisent parfois la ventilation naturelle sans la compenser par une ventilation mécanique

Les signes de la mérule sur un mur en pierre

Détecter la mérule sur un mur en pierre demande une attention particulière, car les signes se confondent facilement avec d’autres phénomènes courants dans les maisons anciennes.

Ce qu’il faut rechercher

  • Filaments blancs dans les joints : le mycélium de la mérule se développe dans et autour des joints de mortier. Il forme des masses cotonneuses blanches ou légèrement grisâtres dans les interstices entre les pierres.
  • Cordons mycéliens en surface : les rhizomorphes de la mérule apparaissent comme des fils ou des cordons gris-brun, d’aspect cireux, parcourant la surface du mur en pierre. Ils suivent généralement les joints.
  • Efflorescences suspectes : des dépôts blancs sur la pierre qui ne sont ni du salpêtre ni de la chaux. Un professionnel peut faire la distinction par un prélèvement.
  • Poudre brun-rouille : des dépôts de spores brun-orange au pied du mur ou sur les surfaces horizontales proches indiquent une fructification active.
  • Fructifications : dans les cas avancés, des carpophores brun-orange en forme de galette molle apparaissent sur le mur, généralement dans les zones les plus humides et les plus sombres.
  • Dégradation du bois adjacent : les poutres, solives ou plinthes en contact avec le mur en pierre montrent des signes de pourriture cubique.

Les confusions à éviter

Sur un mur en pierre ancien, plusieurs phénomènes peuvent être confondus avec la mérule :

  • Salpêtre : efflorescences blanches cristallines dues aux nitrates transportés par l’humidité. À la différence du mycélium, le salpêtre est sec et cristallin au toucher.
  • Chaux : des dépôts blanchâtres provenant de la dégradation du mortier de chaux. Ils sont minéraux et ne présentent pas l’aspect cotonneux ou filamenteux de la mérule.
  • Moisissures : taches vertes, noires ou blanches superficielles qui ne pénètrent pas dans les joints et ne forment pas de cordons.
  • Mousses et lichens : sur les murs extérieurs, ces végétaux peuvent être confondus avec du mycélium. Ils se distinguent par leur couleur verte et leur texture.

Le traitement de la mérule sur les murs en pierre

Le traitement d’un mur en pierre infesté par la mérule nécessite un protocole adapté aux spécificités de la maçonnerie ancienne.

Le diagnostic préalable

Un expert en mérule et en bâtiment ancien doit réaliser un diagnostic approfondi :

  • Cartographie de l’infestation : localisation précise de tous les cordons, du mycélium et des fructifications sur le mur.
  • Sondage de la maçonnerie : évaluation de l’état des joints et des pierres, recherche des zones de passage de la mérule à l’intérieur du mur.
  • Mesure d’humidité : détermination du taux d’humidité des murs en plusieurs points et en profondeur.
  • Identification de la source d’humidité : remontées capillaires, infiltrations, condensation ou combinaison de ces facteurs.
  • Évaluation des boiseries : inspection de toutes les pièces de bois en contact avec ou à proximité du mur en pierre.

Le protocole de traitement

Le traitement suit un processus rigoureux, adapté à la maçonnerie en pierre :

  1. Dégarnissage des joints : les joints de mortier contaminés sont ouverts et dégagés sur une profondeur suffisante pour éliminer tout le mycélium. Dans les cas graves, les joints sont retirés sur l’ensemble de la zone traitée plus un périmètre de sécurité d’un mètre.

  2. Brossage et nettoyage : toutes les surfaces de pierre sont brossées mécaniquement pour retirer le mycélium et les cordons de surface. Les débris sont aspirés et conditionnés en sacs étanches.

  3. Brûlage au chalumeau : les zones les plus contaminées sont traitées à la flamme pour détruire les spores et le mycélium résiduel dans les anfractuosités de la pierre.

  4. Traitement fongicide par injection : des forages sont réalisés dans les joints de maçonnerie selon un maillage régulier (tous les 20 à 30 centimètres). Un produit fongicide agréé est injecté sous pression dans la maçonnerie pour atteindre le cœur du mur.

  5. Pulvérisation de surface : l’ensemble du mur en pierre reçoit une application de fongicide en pulvérisation, en couverture large au-delà des zones visiblement atteintes.

  6. Rejointoiement : les joints sont regarnis avec un mortier de chaux hydraulique adapté au bâti ancien. L’utilisation de ciment Portland est déconseillée sur les murs en pierre anciens car il est trop rigide et peut provoquer des désordres.

  7. Traitement de la source d’humidité : en parallèle, les travaux nécessaires sont réalisés pour résoudre le problème d’humidité (drainage, injection de résine hydrophobe, ventilation).

Les précautions spécifiques au bâti ancien

Les murs en pierre anciens demandent des précautions particulières :

  • Respecter la perméabilité du mur : un mur en pierre ancien doit pouvoir « respirer ». Les enduits et les traitements appliqués doivent être perméables à la vapeur d’eau.
  • Utiliser des matériaux compatibles : mortier de chaux (pas de ciment), enduits minéraux, peintures microporeuses.
  • Éviter les solutions étanches : un cuvelage complet ou un enduit étanche peut déplacer le problème d’humidité sans le résoudre.
  • Consulter un architecte du patrimoine si le bâtiment est classé ou situé dans un secteur protégé.

Prévenir la mérule dans une maison en pierre

La prévention est particulièrement importante dans les maisons anciennes en pierre, naturellement plus exposées à l’humidité.

Gérer l’humidité des murs

  • Vérifiez régulièrement le taux d’humidité de vos murs, surtout en cave et en rez-de-chaussée.
  • Traitez les remontées capillaires par injection de résine hydrophobe ou mise en place d’un drainage.
  • Entretenez les façades : rejointoyez les joints dégradés, réparez les fissures, assurez-vous que les enduits sont en bon état.
  • Drainez le terrain autour de la maison si le sol est argileux ou en pente vers le bâtiment.

Protéger les boiseries en contact avec la pierre

  • Isolez les abouts de poutres du contact direct avec la maçonnerie par une coupure de capillarité (feuille de plomb, bande bitumineuse).
  • Traitez préventivement toutes les boiseries en contact avec les murs en pierre, particulièrement en cave et en rez-de-chaussée.
  • Surveillez l’état des scellements : les encastrements de poutres et de solives dans les murs sont les zones de contamination les plus fréquentes.

Ventiler correctement

  • Maintenez une ventilation naturelle dans toutes les pièces, en particulier les caves et les sous-sols.
  • Installez une VMC si la ventilation naturelle est insuffisante, en veillant à ne pas assécher excessivement les murs en pierre (un taux d’humidité trop bas peut provoquer l’effritement des joints de chaux).
  • Ne placez pas de meubles directement contre les murs en pierre : laissez un espace de circulation de l’air.

En résumé : la pierre, support involontaire de la mérule

La mérule sur les murs en pierre est un phénomène fréquent dans les maisons anciennes. Les points clés à retenir :

  • La mérule ne mange pas la pierre mais l’utilise comme voie de propagation pour atteindre le bois.
  • Les joints de mortier et les interstices entre les pierres sont les voies de passage privilégiées du champignon.
  • Les maisons en pierre sont particulièrement vulnérables en raison de leur humidité chronique et de l’abondance de boiseries anciennes.
  • Le traitement doit être adapté au bâti ancien : mortier de chaux, matériaux perméables, respect de la capacité du mur à respirer.
  • La prévention passe par le contrôle de l’humidité, la protection des boiseries et une ventilation adaptée.

Les maisons en pierre ont traversé les siècles. Avec une attention régulière à l’humidité et aux boiseries, elles peuvent continuer à défier le temps, y compris face à la mérule.

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