Traitement Mérule en Cave : Méthodes, Humidité et Prévention
Le traitement de la mérule en cave présente des défis spécifiques liés à l’environnement particulier du sous-sol : humidité chronique, manque de ventilation, accessibilité réduite et présence de bois structurels. La cave est l’un des endroits les plus fréquemment touchés par la mérule pleureuse (Serpula lacrymans), et son traitement nécessite une approche adaptée. Ce guide détaille les spécificités du traitement en sous-sol, les méthodes efficaces et les mesures de prévention contre la récidive.
Pourquoi la cave est un terrain idéal pour la mérule
La cave cumule tous les facteurs favorables au développement de la mérule. Comprendre ces facteurs est essentiel pour définir une stratégie de traitement et de prévention efficace.
Un taux d’humidité naturellement élevé
Les caves sont exposées à plusieurs sources d’humidité :
- Remontées capillaires : l’eau présente dans le sol remonte naturellement par capillarité dans les murs et le sol de la cave. Ce phénomène est particulièrement marqué dans les bâtiments anciens dépourvus de barrière d’étanchéité horizontale.
- Infiltrations latérales : la pression hydrostatique de l’eau dans le sol environnant pousse l’eau à travers les murs de la cave, surtout en période de fortes pluies ou lorsque la nappe phréatique est haute.
- Condensation : l’air chaud et humide provenant des étages supérieurs se condense au contact des parois froides de la cave, générant une humidité de surface.
- Fuites de canalisations : les canalisations d’eau et d’évacuation passent souvent par la cave et peuvent fuir silencieusement pendant des mois.
Le taux d’humidité relative dans une cave non ventilée dépasse souvent 75 à 85 %, bien au-delà du seuil de 65 % à partir duquel la mérule peut se développer.
Un manque de ventilation chronique
La plupart des caves sont mal ventilées : peu ou pas d’ouvertures, absence de VMC, portes étanches. Cette stagnation de l’air empêche l’évaporation de l’humidité et crée un microclimat confiné idéal pour les champignons.
La présence de bois structurels
Les poutres de plancher, les solives, les escaliers, les huisseries de portes et parfois les charpentes de soutien traversent ou prennent appui dans les murs de la cave. Ces éléments en bois, en contact direct avec la maçonnerie humide, constituent la source de nourriture de la mérule.
Diagnostic de la mérule en cave
Le diagnostic en cave présente des particularités liées à l’environnement souterrain.
Signes à rechercher
- Plaques blanches cotonneuses sur les murs, les poutres ou le sol : c’est le mycélium végétatif de la mérule.
- Cordons gris ou blancs (rhizomorphes) courant le long des murs, dans les joints de maçonnerie ou sur les canalisations : ils transportent l’eau et les nutriments et permettent au champignon de coloniser de nouvelles zones.
- Fructifications brun-orange (carpophores) : ces structures reproductrices produisent des millions de spores. Leur présence indique une infestation bien établie.
- Bois dégradé : le bois attaqué par la mérule présente une pourriture cubique caractéristique (dégradation en cubes bruns), il s’effrite sous la pression du doigt.
- Odeur de champignon : une odeur prononcée de champignon ou de sous-bois dans la cave est un signe révélateur.
- Poudre brune sur les surfaces horizontales : ce sont les spores de la mérule, libérées par les carpophores.
Difficultés spécifiques du diagnostic en cave
- Accessibilité réduite : les recoins, les arrière-plans de murs et les espaces sous les escaliers sont difficiles à inspecter.
- Faible éclairage : la mérule, qui se développe dans l’obscurité, peut être difficile à repérer sans éclairage adéquat.
- Structures masquées : les doublages, les faux plafonds et les rangements peuvent dissimuler une infestation avancée.
- Confusion avec d’autres champignons : en milieu humide, plusieurs champignons peuvent coexister (coniophore des caves, moisissures diverses). Seul un expert peut identifier la mérule avec certitude.
Le protocole de traitement en cave
Le traitement de la mérule en cave suit le protocole curatif standard, mais avec des adaptations liées aux contraintes du sous-sol.
1. Mise à nu et préparation
- Retrait des objets stockés : la cave doit être entièrement vidée pour permettre l’accès à toutes les parois et à tous les éléments structurels.
- Dépose des revêtements : enduits, plaques de plâtre, lambris, doublages, tout ce qui recouvre les murs doit être retiré pour exposer la maçonnerie brute.
- Décroûté des enduits : les enduits sont retirés au-delà de la zone visiblement infestée, avec un périmètre de sécurité d’au moins 1 mètre dans toutes les directions.
- Éclairage du chantier : mise en place d’un éclairage provisoire puissant pour inspecter et traiter tous les recoins.
2. Bûchage des bois contaminés
Tous les éléments en bois détruits par la mérule doivent être retirés :
- Sections de poutres et de solives dégradées.
- Escaliers en bois atteints.
- Huisseries et encadrements de portes contaminés.
- Tout élément en bois présentant une pourriture cubique.
Les bois contaminés sont conditionnés dans des sacs étanches et évacués pour incinération. Un périmètre de sécurité de 50 cm à 1 mètre est appliqué au-delà des zones visiblement dégradées.
3. Nettoyage mécanique
- Brossage énergique des murs pour retirer tout le mycélium visible.
- Grattage des joints de maçonnerie où les cordons se sont infiltrés.
- Aspiration des débris avec un aspirateur équipé d’un filtre HEPA pour capturer les spores.
4. Traitement fongicide
Le traitement fongicide en cave suit deux axes complémentaires :
Injection dans les murs :
- Perçage de trous d’injection selon un maillage de 20 à 30 cm, en quinconce.
- Injection sous pression d’un fongicide certifié (sel de bore, propiconazole, composés quaternaires d’ammonium).
- La totalité des murs de la cave est traitée, pas seulement les zones visiblement infestées.
Pulvérisation de surface :
- Application d’un fongicide en deux couches croisées sur toutes les surfaces de maçonnerie.
- Traitement du sol de la cave si nécessaire.
- Traitement des faces visibles des bois conservés.
Traitement des bois :
- Injection dans les bois de forte section (poutres, solives) conservés après sondage.
- Badigeonnage des bois de petite section.
- Les bois de remplacement sont traités préventivement en autoclave (classe d’emploi 4) ou par injection avant mise en œuvre.
5. Traitement de l’humidité
C’est l’étape la plus critique pour la réussite du traitement en cave. Sans maîtrise de l’humidité, le champignon réapparaîtra.
Traitement de l’humidité en cave : les solutions
Plusieurs solutions existent pour réduire et maîtriser l’humidité en cave. Le choix dépend de l’origine de l’humidité et de la configuration du bâtiment.
Le drainage périphérique
Le drainage périphérique consiste à creuser une tranchée autour des fondations du bâtiment pour y installer un drain qui collecte et évacue les eaux souterraines avant qu’elles n’atteignent les murs de la cave.
Principe :
- Tranchée de 50 à 80 cm de large, descendant jusqu’à la base des fondations.
- Mise en place d’un drain (tuyau perforé) entouré de gravier filtre.
- Raccordement à un point d’évacuation (réseau pluvial, puisard, puits perdu).
- Application d’un enduit d’étanchéité sur les murs extérieurs de la cave.
Coût : de 150 à 300 euros par mètre linéaire, soit 3 000 à 8 000 euros pour une cave standard.
Le cuvelage
Le cuvelage consiste à créer un caisson étanche à l’intérieur de la cave, empêchant l’eau de pénétrer dans l’espace habitable.
Méthodes :
- Cuvelage rigide : application d’un mortier étanche (ciment hydrofuge) sur les murs et le sol. Coût : 100 à 250 euros/m2.
- Cuvelage souple : mise en place d’une membrane étanche (PVC, bitume) contre les murs. Coût : 80 à 200 euros/m2.
L’injection de résine contre les remontées capillaires
Pour stopper les remontées d’humidité par capillarité dans les murs, une barrière chimique peut être créée par injection de résine hydrophobe à la base des murs.
Protocole :
- Perçage de trous à intervalles réguliers (10 à 15 cm) à la base du mur, au niveau du sol extérieur.
- Injection d’une résine hydrophobe (silicone, silane, siloxane) qui polymérise dans les pores du matériau.
- La résine crée une barrière imperméable qui bloque la remontée de l’eau.
Coût : de 50 à 150 euros par mètre linéaire.
La ventilation
L’installation d’un système de ventilation adapté est indispensable pour évacuer l’humidité résiduelle :
- VMC adaptée au sous-sol : une ventilation mécanique contrôlée avec extraction dans la cave et entrée d’air en partie haute.
- Ventilation naturelle : création de grilles de ventilation haute et basse sur des parois opposées pour favoriser un courant d’air traversant.
- Extracteur hygroréglable : un extracteur qui se déclenche automatiquement lorsque le taux d’humidité dépasse un seuil prédéfini (généralement 60-65 %).
- Déshumidificateur : en complément de la ventilation, un déshumidificateur électrique peut accélérer l’assèchement initial de la cave.
Prévention de la récidive en cave
Une fois le traitement réalisé, il est essentiel de mettre en place des mesures de prévention pour empêcher la mérule de revenir.
Surveillance de l’humidité
- Installer un hygromètre dans la cave pour surveiller en permanence le taux d’humidité relative. L’objectif est de le maintenir en dessous de 65 %.
- Contrôler régulièrement le taux d’humidité des bois à l’aide d’un testeur d’humidité (disponible en magasin de bricolage pour 20 à 50 euros). Le taux doit rester en dessous de 20 %.
Entretien de la ventilation
- Nettoyer les bouches de ventilation et les grilles au moins deux fois par an.
- Vérifier le bon fonctionnement de la VMC ou de l’extracteur régulièrement.
- Ne pas obstruer les entrées et sorties d’air avec des objets stockés.
Bonnes pratiques de stockage
- Ne pas stocker de bois (bûches, planches, meubles en bois) directement contre les murs de la cave.
- Surélever les objets stockés sur des palettes en plastique ou des étagères métalliques.
- Éviter les cartons qui absorbent l’humidité et constituent un milieu favorable aux moisissures.
- Ne pas encombrer la cave au point d’empêcher la circulation de l’air.
Inspections régulières
- Inspecter visuellement les murs, les poutres et les solives de la cave au moins deux fois par an (au printemps et à l’automne).
- Être attentif aux signes précoces : taches blanches, odeur de champignon, bois qui sonne creux au sondage.
- En cas de doute, faire intervenir un professionnel pour un contrôle avant que le problème ne s’aggrave.
Traitement préventif des bois
Les bois de la cave (poutres, solives, escaliers) peuvent être traités préventivement avec un fongicide certifié tous les 10 à 15 ans. Ce traitement préventif par pulvérisation ou badigeonnage renforce la protection des bois contre les champignons lignivores et les insectes xylophages.
Les erreurs à éviter pour le traitement en cave
Peindre les murs humides avec une peinture anti-humidité
Les peintures dites “anti-humidité” ne font qu’empêcher l’évaporation de l’eau en surface, ce qui peut aggraver les conditions favorables à la mérule derrière le revêtement. Le traitement de l’humidité doit être réalisé à la source, pas en masquant les symptômes.
Négliger la ventilation après le traitement
Un traitement fongicide réalisé dans une cave qui reste mal ventilée perdra son efficacité à moyen terme. L’humidité finira par recréer les conditions favorables à la mérule ou à d’autres champignons.
Stocker du bois de chauffage en cave
Le bois de chauffage stocké en cave, surtout s’il est humide, constitue une source de nourriture idéale pour la mérule et peut introduire des spores dans un espace déjà vulnérable. Le bois de chauffage doit être stocké à l’extérieur, sous abri, à distance des murs de la maison.
Se limiter à un traitement partiel
En cave, il est tentant de ne traiter que la zone visiblement infestée. Mais le mycélium se propage souvent sur l’ensemble des murs et des bois du sous-sol. Un traitement partiel laisse du champignon actif qui recolonisera rapidement les zones traitées.
En résumé
Le traitement de la mérule en cave est un défi particulier en raison de l’humidité chronique, du confinement et de la présence de bois structurels dans cet environnement. Un traitement efficace combine obligatoirement trois axes : le traitement fongicide curatif (injection et pulvérisation), le traitement de l’humidité (drainage, cuvelage, injection de résine, ventilation) et la prévention de la récidive (surveillance, entretien de la ventilation, bonnes pratiques de stockage). Confier ce travail à un professionnel certifié CTB-A+ est indispensable pour garantir l’éradication durable du champignon et la protection de votre patrimoine immobilier.