Mérule en Normandie : bâti à colombages, traitement et prévention 2026
La mérule en Normandie constitue une menace sérieuse pour le patrimoine architectural de la région. Troisième région française la plus touchée par le champignon Serpula lacrymans, après la Bretagne et les Hauts-de-France, la Normandie cumule un climat océanique humide et un patrimoine bâti exceptionnel, dominé par les constructions à colombages, qui offrent au champignon lignivore un terrain de développement particulièrement favorable. Des maisons médiévales de Rouen aux longères du pays d’Auge, la mérule menace l’intégrité structurelle de milliers de bâtiments normands.
Pourquoi la Normandie est-elle vulnérable à la mérule ?
La Normandie présente une combinaison de facteurs climatiques et architecturaux qui en font l’une des régions les plus exposées de France.
Le climat normand : humidité et douceur
Le climat de la Normandie est de type océanique, caractérisé par des précipitations fréquentes et régulières, une humidité atmosphérique élevée et des températures modérées. La pluviométrie annuelle varie de 700 millimètres dans les plaines du Calvados à plus de 1 000 millimètres sur les reliefs du bocage normand et dans certains secteurs de la Seine-Maritime.
L’humidité relative de l’air est constamment élevée, dépassant souvent les 80 pour cent en automne et en hiver. Les brouillards matinaux sont fréquents dans les vallées de la Seine, de l’Orne et de leurs affluents, maintenant une humidité persistante dans les murs des habitations riveraines.
Les températures moyennes, comprises entre 4 et 19 degrés Celsius selon les saisons, correspondent parfaitement à la plage de développement de la mérule. Les hivers doux, sans gel prolongé, permettent au champignon de rester actif pendant une grande partie de l’année.
Le bâti à colombages : joyau et vulnérabilité
La Normandie possède l’un des patrimoines de constructions à colombages les plus importants de France. Des maisons médiévales de Rouen aux manoirs du pays d’Auge, en passant par les fermes à pans de bois du pays de Caux et les longères du bocage, le bâti à colombages est omniprésent dans le paysage normand.
Ces constructions présentent une architecture où le bois joue un rôle structural essentiel. Les colombages (montants verticaux, traverses horizontales, écharpes obliques) forment l’ossature porteuse du bâtiment. Le remplissage entre les pans de bois est réalisé en torchis (mélange de terre argileuse et de paille), en brique ou en silex avec un hourdis de chaux.
Le torchis, matériau hygroscopique, absorbe et retient l’humidité au contact direct des bois de structure. Cette situation crée un environnement constamment humide autour des colombages, favorable au développement de la mérule. Lorsque le champignon attaque les bois porteurs, c’est la stabilité même du bâtiment qui est menacée.
Les autres types de bâti normand
Au-delà des colombages, la Normandie possède d’autres types de constructions vulnérables à la mérule. Les immeubles en brique de Rouen et du Havre, les maisons en pierre calcaire du Bessin et du Cotentin, les constructions en silex du pays de Caux et les immeubles de la reconstruction de Caen et du Havre présentent tous des facteurs de risque lorsque l’humidité n’est pas maîtrisée.
Les départements normands face à la mérule
Les cinq départements de la Normandie sont touchés par la mérule, mais à des degrés variables.
La Seine-Maritime : le département le plus touché
La Seine-Maritime est le département normand le plus touché par la mérule. Rouen, sa préfecture, concentre un patrimoine exceptionnel de maisons à colombages dans son centre historique. Les quartiers du vieux Rouen, autour de la rue du Gros-Horloge et de la place du Vieux-Marché, enregistrent régulièrement des cas de mérule.
La vallée de la Seine, avec son humidité élevée et ses brouillards fréquents, est un secteur particulièrement exposé. Les villes de Dieppe, Fécamp et Eu, sur le littoral, et Elbeuf et Louviers, dans la vallée, sont également concernées.
Le Calvados : entre patrimoine ancien et reconstruction
Le Calvados, avec Caen sa préfecture, présente un profil de risque double. Le patrimoine ancien, en pierre de Caen et en colombages, est vulnérable pour les raisons classiques. Les immeubles de la reconstruction d’après-guerre, bien que plus récents, sont également touchés en raison du vieillissement des matériaux et de la dégradation des systèmes de ventilation.
Le pays d’Auge, avec ses manoirs et ses fermes à colombages, est un secteur à forte prévalence. Les villes de Lisieux, Honfleur et Deauville comptent de nombreux cas diagnostiqués chaque année.
L’Eure, la Manche et l’Orne
L’Eure, avec Évreux et Bernay, la Manche, avec Cherbourg et Saint-Lô, et l’Orne, avec Alençon et Argentan, sont touchés dans une moindre mesure mais ne sont pas épargnés. Les constructions à colombages et les maisons en pierre avec des boiseries anciennes sont les plus exposées dans ces départements.
Le bâti à colombages normand : spécificités du risque mérule
Les maisons à colombages normandes présentent des caractéristiques spécifiques qui exigent une approche adaptée face à la mérule.
Les points faibles de la structure à colombages
Les points les plus vulnérables d’une maison à colombages face à la mérule sont les pieds de colombages en contact avec le sol ou avec un soubassement en maçonnerie humide, les assemblages entre les pièces de bois où l’eau peut s’infiltrer, les sablières basses (pièces de bois horizontales posées sur la maçonnerie), les bois de structure situés derrière les enduits ou les remplissages humides, et les charpentes, en particulier au niveau des pannes et des chevrons en contact avec les murs pignons.
Les signes d’alerte dans une maison à colombages
Les signes qui doivent alerter dans une maison à colombages sont les suivants : un colombage qui se déforme, se fissure ou présente une pourriture cubique, des filaments blancs ou grisâtres le long des bois de structure, une odeur de champignon persistante, des déformations visibles de la façade (colombages qui s’affaissent, remplissages qui se fissurent), et dans les cas avancés, des fructifications brun-rouille sur les boiseries.
Traitement de la mérule dans le bâti normand
Le traitement de la mérule en Normandie doit être adapté aux spécificités du bâti local, et en particulier aux maisons à colombages.
Traitement des maisons à colombages
Le traitement des maisons à colombages nécessite une expertise spécifique. Le professionnel doit évaluer l’étendue de l’infestation dans l’ensemble de l’ossature bois, y compris les parties cachées derrière les enduits et les remplissages. Le bûchage des bois contaminés doit préserver au maximum les éléments porteurs tout en éliminant toutes les parties atteintes, avec une marge de sécurité d’un mètre au-delà de la zone visible.
Les colombages irrémédiablement atteints sont remplacés par des bois de même essence (chêne, châtaignier) et de même section, traités en autoclave. Les remplissages en torchis contaminés sont retirés et reconstitués avec des matériaux traditionnels perméables à la vapeur d’eau. Le traitement fongicide est appliqué par injection dans les bois conservés et par pulvérisation sur les maçonneries et les remplissages.
Traitement des immeubles en brique et en pierre
Pour les immeubles en brique ou en pierre, le traitement suit le protocole standard : bûchage, traitement fongicide des maçonneries par injection et pulvérisation, remplacement des éléments porteurs et traitement préventif des bois.
Traitement de l’humidité
En Normandie, le traitement de l’humidité est particulièrement important en raison du climat. Les solutions les plus courantes comprennent le drainage des fondations, l’injection de résine hydrophobe contre les remontées capillaires, la réfection de l’étanchéité des façades, l’installation d’une ventilation mécanique et l’amélioration de la ventilation des caves et des sous-sols.
Pour les maisons à colombages, il est essentiel de maintenir la perméabilité à la vapeur d’eau des remplissages et des enduits. Les enduits au ciment, imperméables, doivent être remplacés par des enduits à la chaux qui permettent aux murs de respirer.
Réglementation en Normandie
La loi Alur impose la déclaration en mairie de toute présence de mérule sur l’ensemble du territoire normand. Les départements normands peuvent faire l’objet d’arrêtés préfectoraux délimitant des zones à risque. Lors de la vente d’un bien, le vendeur doit informer l’acquéreur du risque mérule dans les zones couvertes par un arrêté.
Pour les bâtiments classés ou inscrits aux Monuments historiques, les travaux de traitement doivent être validés par l’Architecte des Bâtiments de France. La Normandie possède un patrimoine classé considérable, et les contraintes patrimoniales peuvent influencer les méthodes de traitement et les matériaux de remplacement utilisés.
Prévention de la mérule en Normandie
La prévention est essentielle dans une région aussi exposée que la Normandie.
Les mesures fondamentales
Les mesures préventives fondamentales sont la maîtrise de l’humidité (ventilation, traitement des remontées capillaires, entretien de la toiture), la surveillance régulière des boiseries et des zones sensibles, et l’entretien des remplissages et des enduits des maisons à colombages.
Lors de la rénovation
Lors de la rénovation d’un bâtiment ancien en Normandie, il est impératif de faire réaliser un diagnostic de l’état des bois avant les travaux, de choisir des matériaux perméables à la vapeur d’eau pour les doublages et les enduits, de maintenir ou d’améliorer la ventilation et de ne jamais confiner les bois de structure derrière des matériaux étanches.
Trouver un professionnel en Normandie
La Normandie dispose de professionnels spécialisés dans le traitement de la mérule, en particulier dans les départements les plus touchés (Seine-Maritime, Calvados). Pour choisir votre prestataire, vérifiez la certification (CTB-A+, Qualibat), la garantie décennale, l’expérience du bâti normand à colombages et les références locales. Demandez plusieurs devis comparatifs.