Mérule en Bretagne : pourquoi la région est la plus touchée et comment agir 2026
La mérule en Bretagne est un sujet de préoccupation majeur pour les propriétaires et les pouvoirs publics de la région. La Bretagne détient le triste record de la région française la plus touchée par le champignon Serpula lacrymans, loin devant toutes les autres. Chaque année, des milliers de cas sont diagnostiqués dans les quatre départements bretons, avec une concentration particulièrement forte dans le Finistère et les Côtes-d’Armor. Ce guide complet analyse les raisons de cette situation exceptionnelle et présente les solutions disponibles pour les propriétaires bretons.
Pourquoi la Bretagne est-elle la région la plus touchée ?
La Bretagne cumule de manière unique l’ensemble des facteurs qui favorisent le développement de la mérule. Aucune autre région française ne réunit avec autant d’intensité les conditions climatiques, architecturales et géographiques propices au champignon.
Le climat océanique breton : l’allié numéro un de la mérule
Le climat de la Bretagne est de type océanique, caractérisé par des précipitations abondantes et régulières, une humidité atmosphérique élevée et des températures douces tout au long de l’année. La pluviométrie varie de 700 millimètres dans l’est de la région à plus de 1 200 millimètres sur les reliefs de l’ouest finistérien. Le nombre de jours de pluie dépasse 150 par an dans une grande partie de la région.
L’humidité relative de l’air oscille entre 75 et 90 pour cent selon les saisons et les secteurs, avec des valeurs particulièrement élevées en automne et en hiver. Les vents d’ouest, dominants, apportent en permanence de l’air humide depuis l’Atlantique. Les embruns marins, chargés de sel et d’humidité, pénètrent à l’intérieur des terres sur plusieurs dizaines de kilomètres.
Les températures moyennes, comprises entre 5 et 20 degrés Celsius selon les saisons, se situent dans la plage de développement de la mérule. Les hivers doux, sans gel prolongé, permettent au champignon de rester actif quasi toute l’année, contrairement aux régions à hiver rigoureux où la mérule entre en dormance pendant plusieurs mois.
Le bâti breton : granit, schiste et bois
L’architecture traditionnelle bretonne repose sur l’utilisation de matériaux locaux : le granit, le schiste, le grès et le bois. Les maisons bretonnes typiques présentent des murs épais en granit ou en schiste, des planchers en bois, des charpentes en chêne ou en châtaignier, et des toitures en ardoise.
Ces constructions, souvent édifiées entre le XVIIe et le XIXe siècle, présentent plusieurs caractéristiques qui les rendent vulnérables à la mérule. Les murs en granit, poreux et massifs, absorbent l’humidité du sol par remontées capillaires et l’humidité de pluie par les façades exposées. En l’absence de coupure de capillarité, cette humidité migre vers les bois en contact direct avec la maçonnerie : poutres encastrées dans les murs, solives de plancher, sablières de charpente.
Les caves et les sous-sols, très répandus dans l’habitat breton, constituent des réservoirs d’humidité permanents. Les vides sanitaires, lorsqu’ils existent, sont souvent insuffisamment ventilés. L’ensemble crée un environnement souterrain humide et sombre, parfait pour la germination des spores de mérule.
Les quatre départements bretons face à la mérule
Les quatre départements de la Bretagne administrative sont tous touchés par la mérule, mais à des degrés différents.
Le Finistère : département le plus exposé
Le Finistère cumule un climat parmi les plus humides de France, une position avancée dans l’Atlantique qui maximise l’exposition aux précipitations et aux embruns, et un patrimoine bâti ancien très dense. Les villes de Quimper, Brest, Morlaix et Concarneau enregistrent un nombre considérable de cas chaque année. Le Finistère est souvent cité comme le département français avec le plus grand nombre de déclarations de mérule.
Les Côtes-d’Armor : deuxième département le plus touché
Les Côtes-d’Armor, avec Saint-Brieuc, Guingamp, Lannion et Dinan, constituent le deuxième département breton le plus touché. La côte de Granit Rose et la côte du Goëlo sont des secteurs à forte prévalence. Le bâti ancien en granit rose de cette zone est particulièrement vulnérable.
Le Morbihan : une présence significative
Le Morbihan est également concerné, en particulier dans les villes de Vannes, Lorient et Pontivy. Le golfe du Morbihan, avec son microclimat humide, et l’intérieur du département, avec ses constructions rurales anciennes, présentent des zones à risque.
L’Ille-et-Vilaine : la capitale bretonne touchée
L’Ille-et-Vilaine, et en particulier Rennes, sa préfecture, est le quatrième département breton touché. Bien que le climat soit légèrement moins humide qu’en Finistère, le patrimoine bâti ancien du centre de Rennes, avec ses maisons à pans de bois, reste très vulnérable.
Statistiques et ampleur du phénomène
Il est difficile de disposer de chiffres précis sur l’ampleur de la mérule en Bretagne, car de nombreux cas ne sont pas déclarés malgré l’obligation légale. Néanmoins, plusieurs indicateurs permettent de mesurer l’ampleur du phénomène.
Les déclarations en mairie, bien qu’incomplètes, se comptent par centaines chaque année dans les principaux départements bretons. Les professionnels du diagnostic et du traitement interviennent quotidiennement sur des cas de mérule, avec des carnets de commandes souvent remplis plusieurs semaines à l’avance. Le nombre de transactions immobilières impactées par la découverte de mérule est significatif, en particulier dans les centres-villes anciens.
La Bretagne concentre une part très importante des entreprises spécialisées dans le traitement de la mérule à l’échelle nationale, ce qui témoigne de l’ampleur du marché et donc du problème.
Les arrêtés préfectoraux bretons
Les quatre départements bretons disposent d’arrêtés préfectoraux relatifs à la mérule, conformément aux dispositions de la loi Alur de 2014. Ces arrêtés délimitent des zones à risque sur le territoire de chaque département.
Obligations dans les zones à risque
Dans les zones délimitées par les arrêtés préfectoraux, les obligations suivantes s’appliquent. Le vendeur d’un bien immobilier doit informer l’acquéreur du risque mérule dans le dossier de diagnostics techniques annexé à la promesse de vente ou à l’acte de vente. Cette information porte sur le risque de présence de mérule dans la zone, mais ne constitue pas un diagnostic obligatoire du bien lui-même.
Obligation de déclaration
Indépendamment des arrêtés préfectoraux, la loi Alur impose sur l’ensemble du territoire la déclaration en mairie de toute présence avérée de mérule. En Bretagne, cette obligation est particulièrement importante car elle alimente la cartographie du risque et permet aux préfets de mettre à jour les zones à risque.
Le diagnostic mérule en Bretagne
La Bretagne dispose du réseau de professionnels du diagnostic mérule le plus dense de France, ce qui s’explique par la forte prévalence du champignon dans la région.
Quand faire réaliser un diagnostic ?
En Bretagne, un diagnostic mérule est recommandé dans les situations suivantes : avant l’achat d’un bien ancien, en particulier dans les zones à risque, dès l’apparition de signes suspects (odeur de champignon, bois dégradé, filaments blancs, taches sur les murs), après un dégât des eaux ou la découverte d’un problème d’humidité, et lors de travaux de rénovation sur un bâtiment ancien.
Le coût du diagnostic en Bretagne
Un diagnostic mérule en Bretagne coûte entre 200 et 500 euros selon la taille du bâtiment et la complexité de l’inspection. Ce tarif comprend l’inspection visuelle, les mesures d’humidité, les sondages et un rapport détaillé. Ce montant est généralement déduit du coût des travaux en cas de traitement.
Traitement de la mérule dans le bâti breton
Le traitement de la mérule en Bretagne suit un protocole éprouvé, adapté aux spécificités du bâti local en granit, en schiste et en bois.
Le protocole standard
Le traitement comprend plusieurs phases. Le bûchage des bois contaminés avec une marge de sécurité d’un mètre au-delà de la zone visible. Le traitement fongicide des maçonneries par injection en profondeur selon un maillage précis et par pulvérisation en surface. Le traitement préventif des bois conservés et des bois de remplacement. La reconstitution des éléments porteurs avec des matériaux traités. Et la résolution impérative de la cause d’humidité.
Les spécificités du bâti breton
Le granit et le schiste, matériaux dominants du bâti breton, nécessitent une adaptation des techniques d’injection. Le granit, dur mais fissuré, requiert une injection à haute pression dans les fissures et les joints. Le schiste, plus tendre et feuilleté, nécessite des pressions adaptées pour éviter de déstabiliser les feuillets.
Les murs épais des maisons bretonnes, souvent supérieurs à 60 centimètres, peuvent nécessiter des injections depuis les deux faces du mur pour assurer une pénétration suffisante du produit fongicide.
Le traitement de l’humidité en Bretagne
En Bretagne, le traitement de l’humidité est particulièrement crucial en raison du climat. Les solutions les plus courantes comprennent le drainage périphérique des fondations, l’injection de résine hydrophobe pour créer une barrière contre les remontées capillaires, la réfection de l’étanchéité des façades exposées aux pluies dominantes, l’installation d’une ventilation mécanique adaptée et l’amélioration de la ventilation des caves et des vides sanitaires.
Prévention de la mérule dans les maisons bretonnes
La prévention est la meilleure stratégie face à la mérule, en particulier en Bretagne où les conditions sont naturellement favorables au champignon.
Les mesures essentielles
La prévention dans une maison bretonne repose sur plusieurs piliers. La maîtrise de l’humidité est le premier : il faut maintenir le taux d’humidité du bois en dessous de 20 pour cent, ce qui passe par le traitement des remontées capillaires, la réparation des infiltrations et l’installation d’une ventilation performante.
La ventilation est le deuxième pilier. En Bretagne, où l’humidité extérieure est constamment élevée, la ventilation mécanique contrôlée est souvent préférable à la ventilation naturelle. Les caves et les vides sanitaires doivent être ventilés en permanence.
La surveillance régulière constitue le troisième pilier. Un contrôle visuel des zones sensibles (caves, planchers, murs en contact avec le sol, combles) au moins deux fois par an permet de détecter les premiers signes d’humidité anormale ou de développement fongique.
Les erreurs à éviter lors de la rénovation
La rénovation d’une maison bretonne ancienne comporte des risques si elle n’intègre pas la problématique de la mérule. Les erreurs les plus fréquentes sont la pose de doublages étanches (plaques de plâtre sur isolant) contre les murs en granit sans prévoir de lame d’air ventilée, l’obturation des grilles de ventilation pour des raisons d’isolation thermique, le confinement des planchers bois sous des revêtements imperméables, et l’absence de vérification de l’état des bois avant de les recouvrir.
Les villes bretonnes les plus concernées
Toutes les communes de Bretagne peuvent être touchées par la mérule, mais certaines villes concentrent un nombre particulièrement élevé de cas en raison de la densité de leur bâti ancien.
Quimper, préfecture du Finistère, est l’une des villes françaises les plus touchées. Son centre historique à colombages et ses maisons en granit bordant l’Odet sont régulièrement infestés. Brest, malgré un bâti de reconstruction plus récent, n’est pas épargnée en raison de son climat extrêmement humide. Saint-Brieuc, préfecture des Côtes-d’Armor, présente une forte prévalence dans son centre ancien. Rennes, capitale régionale, voit le nombre de cas augmenter dans ses quartiers historiques à pans de bois.
D’autres villes comme Morlaix, Lannion, Guingamp, Vannes, Lorient, Dinan et Concarneau sont également très touchées. En milieu rural, les longères et les fermes anciennes rénovées sans précautions suffisantes sont aussi régulièrement concernées.
La mérule en Bretagne est un défi permanent qui requiert vigilance, prévention et, lorsque l’infestation est avérée, une intervention rapide et professionnelle. Les propriétaires bretons disposent heureusement d’un réseau dense de professionnels compétents et de dispositifs d’aide qui facilitent la prise en charge de ce fléau.