Mérule Placo : Détecter et Traiter la Mérule Derrière le Placoplâtre
Mérule et placo : le piège silencieux des maisons modernes
Le placoplâtre (placo, BA13) équipe la grande majorité des habitations construites ou rénovées depuis les années 1970. Cloisons, doublages de murs, plafonds : ce matériau omniprésent dans nos intérieurs est malheureusement aussi l’un des meilleurs alliés de la mérule. Derrière son apparence lisse et propre, le placo crée les conditions idéales pour que ce champignon destructeur se développe en toute discrétion, parfois pendant des années, avant que les premiers signes ne deviennent visibles.
Comprendre pourquoi la mérule et le placo forment un duo aussi dangereux est essentiel pour protéger votre habitation. Ce guide complet vous explique les mécanismes en jeu, les signes à surveiller et les solutions pour agir efficacement.
Pourquoi le placo favorise-t-il le développement de la mérule ?
Le vide d’air : un incubateur à champignons
Lorsqu’un doublage en placoplâtre est posé contre un mur existant, il crée systématiquement un espace entre le mur porteur et la plaque de finition. Cet espace, qu’il soit de quelques centimètres (pose sur rails) ou quasi inexistant (collage direct), devient un environnement confiné où :
- L’air ne circule pas : le vide d’air est fermé en haut et en bas, empêchant toute ventilation naturelle.
- L’humidité s’accumule : la vapeur d’eau présente dans l’air intérieur ou provenant du mur porteur se condense dans cet espace froid et stagnant.
- La température reste stable : à l’abri des courants d’air et des variations, la température se maintient entre 18 et 25 degrés Celsius, exactement la plage optimale pour la mérule.
- L’obscurité est totale : la mérule, comme la plupart des champignons, se développe mieux dans le noir.
Ces quatre conditions réunies — humidité, chaleur modérée, air stagnant et obscurité — forment l’environnement parfait pour Serpula lacrymans.
Le carton du placo : un repas offert à la mérule
Ce que beaucoup de propriétaires ignorent, c’est que le placoplâtre n’est pas un matériau inerte pour la mérule. Chaque plaque de BA13 est recouverte sur ses deux faces d’une couche de carton. Or, le carton est fabriqué à partir de fibres de cellulose, et la cellulose est précisément la substance dont la mérule se nourrit.
Le carton du placo constitue donc une source de nourriture directement accessible pour le champignon. Contrairement aux bois de structure qui offrent une certaine résistance naturelle, le carton du placo est :
- Fin et fragile : quelques dixièmes de millimètre d’épaisseur, facile à coloniser
- Poreux : il absorbe facilement l’humidité, créant des conditions locales encore plus favorables
- Non traité : le carton standard du BA13 ne contient aucun fongicide
La mérule peut donc s’alimenter directement sur le placo tout en se développant dans l’espace caché derrière.
Les montants en bois : la propagation accélérée
Dans de nombreuses installations, le placoplâtre est fixé sur une ossature constituée de montants en bois (tasseaux, chevrons). Ces éléments en bois, directement en contact avec un mur humide et enfermés derrière le placo, sont des proies faciles pour la mérule. Le champignon se nourrit à la fois du carton et de l’ossature bois, accélérant considérablement sa propagation.
Même lorsque l’ossature est métallique (rails et montants en acier galvanisé), la mérule peut utiliser les montants comme support de progression pour atteindre d’autres sources de cellulose : poutres, solives, plinthes, huisseries ou chambranles de portes.
Les signes révélateurs de la mérule derrière le placo
Détecter la mérule derrière le placo est un véritable défi car le champignon se développe dans un espace invisible. Les signes qui apparaissent en surface sont souvent tardifs et témoignent d’une infestation déjà bien installée. Voici les indices à surveiller avec la plus grande attention.
Signes visuels sur la surface du placo
- Taches sombres ou jaunâtres : des auréoles brunes, grises ou jaunâtres apparaissent sur la surface peinte du placo. Elles sont dues au mycélium qui traverse la plaque de plâtre par humidité capillaire.
- Déformation de la surface : le placo se bombe, se gondole ou présente des reliefs inhabituels. Le mycélium qui se développe derrière exerce une pression qui déforme la plaque.
- Ramollissement : en appuyant sur la surface, le placo semble mou, spongieux. La plaque de plâtre, saturée d’humidité et rongée par le champignon, a perdu sa rigidité.
- Fissures inhabituelles : des fissures apparaissent dans la peinture ou l’enduit, souvent accompagnées d’un décollement du revêtement.
- Apparition de moisissures en surface : des taches de moisissure verdâtres ou noirâtres apparaissent sur le placo. Si la mérule elle-même ne se manifeste pas toujours en surface, la présence de moisissures témoigne d’un taux d’humidité propice à son développement derrière la cloison.
Signes olfactifs
L’odeur de champignon est souvent le premier signal d’alerte. Une odeur de moisi persistante, terreuse et pénétrante, dans une pièce équipée de doublages en placo doit impérativement alerter. Cette odeur est particulièrement perceptible :
- Le matin, après une nuit portes et fenêtres fermées
- Dans les angles de la pièce, près des plinthes
- En approchant le nez du mur (l’odeur est plus forte près de la source)
Signes indirects
- Poudre brun-rouille au pied des murs : il s’agit des spores de la mérule, libérées par les fructifications qui se développent dans l’espace caché.
- Dégradation des plinthes en bois : les plinthes fixées au bas du placo sont souvent les premières boiseries touchées. Elles se ramollissent, se fissurent ou se détachent.
- Présence de filaments sur les prises électriques : les cordons de la mérule suivent les chemins de câbles et peuvent apparaître autour des prises ou des interrupteurs encastrés dans le placo.
Les situations à haut risque
Certaines configurations sont particulièrement propices au développement de la mérule derrière le placo. Si votre habitation présente l’une de ces situations, une vigilance renforcée s’impose.
Doublage sur mur ancien en pierre
Les maisons anciennes dont les murs en pierre ont été doublés en placo lors d’une rénovation sont les plus exposées. Les murs en pierre, naturellement poreux et souvent dépourvus de barrière d’étanchéité, laissent remonter l’humidité du sol par capillarité. Le placo piège cette humidité, créant un véritable écosystème favorable au champignon.
Placo après dégât des eaux
Un dégât des eaux (fuite de canalisation, débordement, infiltration de toiture) qui a affecté un mur doublé en placo est une situation critique. Même après un séchage apparent en surface, l’humidité peut rester piégée derrière le doublage pendant des mois. Si le placo n’a pas été déposé pour vérifier l’état du mur porteur, la mérule peut s’installer en toute discrétion.
Salles de bain et cuisines
Dans ces pièces à forte production de vapeur d’eau, les doublages en placo situés à proximité des points d’eau sont régulièrement exposés à l’humidité. L’absence ou le mauvais fonctionnement d’une ventilation mécanique (VMC) aggrave considérablement le risque.
Sous-sols et caves aménagées
L’aménagement de caves ou de sous-sols avec des cloisons en placo est une pratique courante mais à risque. Ces espaces semi-enterrés cumulent les facteurs défavorables : humidité élevée du sol et des murs, faible ventilation naturelle et température fraîche propice à la condensation.
Traitement de la mérule derrière le placo
Le traitement d’une infestation de mérule derrière un doublage en placo suit un protocole rigoureux qui ne peut être réalisé que par un professionnel certifié.
Phase 1 : diagnostic complet
Avant toute intervention, un expert réalise un diagnostic précis pour évaluer l’étendue de l’infestation :
- Mesure hygrométrique des murs en profondeur pour cartographier les zones humides
- Inspection endoscopique par introduction d’une caméra dans l’espace derrière le placo (via les prises électriques ou de petits trous de sonde)
- Sondage mécanique des plinthes, huisseries et boiseries à proximité
- Prélèvement mycologique si nécessaire pour identifier formellement Serpula lacrymans
Phase 2 : dépose du placo contaminé
La totalité du placo infesté doit être retirée, en respectant un périmètre de sécurité d’au moins un mètre au-delà des zones visiblement contaminées. Cette dépose comprend :
- Les plaques de placoplâtre et leur carton
- Les montants de l’ossature (bois ou métal)
- Les isolants (laine de verre, polystyrène, laine de roche) qui ont été en contact avec le champignon
- Les joints, les bandes et les enduits
Tous ces matériaux sont placés dans des sacs étanches pour éviter la dispersion des spores et évacués vers une filière d’élimination adaptée. Ils ne doivent en aucun cas être réutilisés ou stockés près d’un bâtiment.
Phase 3 : traitement du mur porteur
Une fois le mur mis à nu, le traitement fongicide suit le protocole standard :
- Brossage mécanique pour retirer le mycélium et les cordons visibles
- Brûlage au chalumeau des zones les plus contaminées pour détruire les spores en profondeur
- Injection fongicide dans la maçonnerie selon un maillage de forages espacés de 20 à 30 cm
- Pulvérisation fongicide sur toute la surface du mur et les murs adjacents
Phase 4 : traitement de la source d’humidité
Sans traitement de la cause, la mérule reviendra inévitablement. Le professionnel identifie et traite la source d’humidité :
- Réparation des fuites et infiltrations
- Mise en place d’un drainage ou d’une barrière étanche contre les remontées capillaires
- Installation ou amélioration de la ventilation (VMC)
- Traitement des ponts thermiques
Phase 5 : remise en état
La reconstruction du doublage doit respecter des règles strictes pour éviter toute récidive :
- Lame d’air ventilée entre le mur traité et le nouveau doublage, avec des orifices de ventilation en haut et en bas
- Ossature métallique de préférence aux montants en bois
- Placo hydrofuge dans les pièces humides, même si ce n’est pas une garantie absolue
- Isolation adaptée : privilégier les isolants minéraux insensibles aux champignons
- Traitement préventif des boiseries neuves mises en contact avec la maçonnerie
Prévention : éviter la mérule derrière le placo
La prévention est la meilleure stratégie pour ne jamais avoir à affronter une infestation de mérule derrière vos doublages.
Lors d’une construction neuve ou d’une rénovation
- Vérifiez l’étanchéité du mur avant tout doublage : mesurez le taux d’humidité et traitez toute source avant de poser le placo.
- Prévoyez une lame d’air ventilée : laissez un espace de 2 à 3 cm entre le mur et le doublage, avec des grilles de ventilation en partie basse et haute.
- Privilégiez les ossatures métalliques : les rails et montants en acier galvanisé ne fournissent aucune nourriture à la mérule.
- Utilisez des plaques adaptées : en milieu humide, optez pour du placo hydrofuge ou des plaques de fibres-ciment imputrescibles.
- Évitez le collage direct du placo sur un mur ancien en pierre : cette technique piège l’humidité sans aucune possibilité de ventilation.
En entretien courant
- Surveillez l’humidité de vos pièces, surtout celles équipées de doublages : un taux d’humidité relative supérieur à 65 % doit vous alerter.
- Inspectez les plinthes et les bas de mur : des traces d’humidité, un ramollissement ou un décollement sont des signaux précoces.
- Aérez quotidiennement toutes les pièces, même en hiver, pendant 10 à 15 minutes.
- Ne bloquez pas les VMC et ne bouchez pas les grilles de ventilation.
- Réagissez vite après un dégât des eaux : faites vérifier l’état derrière le placo dans les semaines qui suivent, même si la surface semble sèche.
En résumé : le placo et la mérule, une vigilance de chaque instant
Le placo et la mérule forment une combinaison redoutable. Le placoplâtre, par sa conception même, crée les conditions idéales pour le développement silencieux du champignon : espace confiné, humidité piégée, carton nutritif et obscurité totale. Les maisons anciennes rénovées avec des doublages en placo, les habitations ayant subi un dégât des eaux et les pièces humides mal ventilées sont les plus exposées.
Les points clés à retenir :
- Le carton du placo fournit de la cellulose à la mérule, qui s’en nourrit directement
- L’espace derrière le doublage crée un incubateur idéal pour le champignon
- Les signes visibles en surface apparaissent tardivement, quand l’infestation est déjà avancée
- La dépose totale du placo est indispensable pour un traitement efficace
- La ventilation du doublage et le traitement de l’humidité sont les meilleures préventions
N’attendez pas que les signes deviennent évidents. Au moindre doute — odeur de champignon, taches suspectes, plinthes qui ramollissent — faites intervenir un professionnel pour un diagnostic avant que les dégâts ne deviennent considérables.