Mérule bois : identification, dégâts et traitement du bois infesté
La mérule et le bois : une relation destructrice
Le bois est la cible principale de la mérule. Ce champignon lignivore, dont le nom scientifique est Serpula lacrymans, se nourrit exclusivement de la cellulose contenue dans le bois et les matériaux dérivés du bois. Comprendre comment la mérule attaque le bois, quelles essences sont les plus vulnérables et comment protéger vos boiseries est essentiel pour tout propriétaire soucieux de préserver son habitation.
La mérule ne se contente pas de décolorer ou de tacher le bois : elle le détruit de l’intérieur en décomposant sa structure fibreuse. Un bois apparemment sain en surface peut être complètement miné à cœur. C’est ce qui rend ce champignon si redoutable et si difficile à détecter aux premiers stades de l’infestation.
Comment la mérule dévore le bois
Le mécanisme de dégradation
La mérule se nourrit de la cellulose et de l’hémicellulose qui constituent la structure du bois. Elle produit des enzymes spécifiques qui décomposent ces fibres, laissant derrière elle la lignine, un composant plus résistant qu’elle ne peut pas digérer. C’est cette dégradation sélective qui donne au bois infesté son aspect si caractéristique.
Le processus se déroule en plusieurs étapes :
- Germination des spores : les spores de mérule, microscopiques, se déposent sur le bois humide et germent si les conditions sont favorables (humidité supérieure à 20 %, température entre 5 et 26 degrés).
- Développement du mycélium : un réseau de filaments blancs (hyphes) se développe à la surface et à l’intérieur du bois, pénétrant les cellules pour en extraire la cellulose.
- Extension par les cordons : la mérule développe des rhizomorphes (cordons mycéliens) capables de transporter l’eau sur plusieurs mètres, permettant au champignon de coloniser des bois éloignés de la source d’humidité initiale.
- Destruction progressive : au fil des semaines et des mois, le bois perd sa cohésion structurelle et se fragmente en cubes.
La pourriture cubique : signature de la mérule
La pourriture cubique est le signe le plus caractéristique d’une attaque de mérule sur le bois. Contrairement à la pourriture blanche (causée par d’autres champignons) qui décolore le bois sans modifier sa forme, la pourriture cubique provoque un retrait et une fissuration en trois dimensions.
Le bois atteint présente les caractéristiques suivantes :
- Fissuration en cubes réguliers : le bois se fend selon un motif géométrique, formant de petits cubes ou parallélépipèdes.
- Coloration brun foncé : le bois prend une teinte brune à brun-noir, signe que la cellulose (claire) a été consommée et que seule la lignine (sombre) subsiste.
- Perte de masse : le bois devient anormalement léger car sa matière organique a été décomposée.
- Fragilité extrême : le bois s’effrite entre les doigts et ne présente plus aucune résistance mécanique. Un simple appui de tournevis traverse la pièce.
Quels types de bois la mérule préfère-t-elle ?
Tous les bois ne sont pas également vulnérables face à la mérule. La nature de l’essence, sa densité et son traitement influencent directement la vitesse de colonisation.
Les bois les plus vulnérables : les résineux
Les bois résineux sont de loin les plus touchés par la mérule. Ils constituent d’ailleurs la majorité des éléments structurels dans les maisons françaises :
- Pin sylvestre : très largement utilisé pour les charpentes, les solives et les poutres. C’est le bois le plus fréquemment atteint par la mérule.
- Sapin et épicéa : utilisés en charpente et en ossature bois, ils présentent une vulnérabilité comparable au pin.
- Douglas : bien que légèrement plus résistant que le pin, il reste sensible à la mérule dès que l’humidité est suffisante.
Pourquoi les résineux sont-ils si vulnérables ? Leur structure cellulaire est plus ouverte et moins dense que celle des feuillus, ce qui facilite la pénétration des hyphes du champignon. De plus, leur teneur en cellulose est élevée, offrant un substrat nutritif abondant.
Les feuillus : plus résistants mais pas immunisés
Les bois feuillus présentent une meilleure résistance naturelle à la mérule, sans être totalement à l’abri :
- Chêne : sa densité élevée et sa richesse en tanins le rendent nettement plus résistant. Il faut des conditions d’humidité extrême et prolongée pour que la mérule l’attaque.
- Hêtre : moins dense que le chêne, il offre une résistance intermédiaire.
- Peuplier : feuillu tendre, il est presque aussi vulnérable que les résineux.
- Châtaignier : naturellement riche en tanins, il présente une bonne résistance.
Les bois tropicaux : les plus résistants
Certains bois exotiques possèdent une résistance naturelle remarquable aux champignons lignivores :
- Teck : sa forte teneur en huiles naturelles le rend quasi imperméable aux champignons.
- Ipé : sa densité exceptionnelle et ses extractibles naturels le protègent efficacement.
- Cumaru, Iroko : également très résistants grâce à leur composition chimique naturelle.
Ces essences sont toutefois rarement utilisées dans les structures intérieures des habitations en raison de leur coût élevé.
Reconnaître les signes de mérule sur le bois
Au-delà de la pourriture cubique déjà décrite, plusieurs indices permettent de détecter une attaque de mérule sur vos boiseries.
Les signes visuels sur le bois
- Décoloration : le bois prend une teinte plus sombre, passant du blond au brun.
- Filaments blancs : des fils cotonneux apparaissent à la surface du bois ou dans les fissures.
- Cordons mycéliens : des « veines » grisâtres ou brunes parcourent le bois et les surfaces environnantes.
- Spores brun-rouille : une fine poudre brun-orange se dépose sous ou autour des boiseries atteintes.
- Déformation : les éléments en bois se gondolent, se voilent ou se déforment sous l’effet de la perte de matière interne.
Les signes fonctionnels
- Affaissement : un plancher qui fléchit, une porte qui ne ferme plus correctement, une poutre qui semble s’incurver peuvent indiquer une perte de résistance structurelle due à la mérule.
- Craquements : des bruits inhabituels dans la structure boisée, surtout sous charge, doivent alerter.
- Sciure ou débris : des fragments de bois brun et sec tombant d’une poutre ou d’une solive signalent une dégradation avancée.
Les signes dans l’environnement du bois
La mérule ne reste pas confinée au bois lui-même. Elle s’étend sur les surfaces voisines :
- Mycélium sur les murs adjacents aux boiseries atteintes
- Cordons parcourant les parois, le sol ou le plafond pour relier différents éléments en bois
- Odeur de champignon persistante dans les pièces où se trouvent des boiseries infestées
Traitement de la mérule sur le bois
Le traitement d’une mérule sur le bois dépend du stade de l’infestation et de la fonction structurelle de l’élément touché.
Évaluation préalable : remplacer ou traiter ?
La première question que se pose le professionnel est celle de la viabilité du bois atteint :
- Bois encore solide (dégradation superficielle, inférieure à 15 % de la section) : un traitement fongicide peut suffire. Le bois est gratté, bûché et traité par injection ou badigeonnage en profondeur.
- Bois modérément atteint (dégradation entre 15 % et 50 % de la section) : le bois peut être conservé si sa fonction structurelle n’est pas compromise, mais un renfort est souvent nécessaire (jambe de force, étai métallique).
- Bois gravement détérioré (pourriture cubique avancée, perte de résistance mécanique) : le remplacement est obligatoire. Le bois n’assure plus son rôle porteur et représente un danger.
Le protocole de traitement
Lorsque le bois peut être conservé, le traitement suit plusieurs étapes :
- Bûchage : retrait de toute la partie dégradée du bois, jusqu’à atteindre le bois sain. Un périmètre de sécurité d’au moins 50 centimètres au-delà de la zone visiblement atteinte est appliqué.
- Brossage : nettoyage mécanique de la surface pour éliminer le mycélium et les cordons.
- Séchage : si nécessaire, mise en place d’un dispositif de séchage pour ramener le taux d’humidité du bois sous les 20 %.
- Traitement fongicide : application d’un produit agréé, soit par badigeonnage (pour les surfaces accessibles), soit par injection (pour les pièces de forte section). L’injection consiste à percer des trous dans le bois et à y introduire le produit sous pression pour atteindre le cœur de la pièce.
- Protection de surface : application d’une couche de finition fongicide sur toutes les faces du bois traité.
Le remplacement du bois
Quand le bois doit être remplacé, le nouveau bois doit impérativement :
- Être traité préventivement classe 2 minimum (traitement en autoclave)
- Être isolé de la maçonnerie par une coupure de capillarité (feuille de plomb, bande bitumineuse) pour éviter les remontées d’humidité
- Être installé dans des conditions de ventilation adéquates
Le traitement préventif du bois
La prévention est la meilleure stratégie pour protéger vos boiseries contre la mérule. Elle repose sur deux axes complémentaires : le contrôle de l’humidité et le traitement chimique du bois.
Le contrôle de l’humidité : la mesure la plus efficace
Un bois dont le taux d’humidité reste inférieur à 20 % est à l’abri de la mérule. Pour y parvenir :
- Assurez une ventilation efficace autour de tous les éléments en bois, surtout dans les caves, les combles et les vides sanitaires.
- Isolez le bois de la maçonnerie avec des coupures de capillarité pour empêcher l’humidité des murs de migrer vers les poutres et les solives.
- Traitez rapidement toute source d’infiltration ou de fuite à proximité des boiseries.
- Évitez les confinements : ne recouvrez pas les poutres de matériaux étanches qui empêchent le bois de respirer.
Le traitement chimique préventif
Pour les bois situés dans des zones à risque (cave, vide sanitaire, rez-de-chaussée d’une maison ancienne), un traitement fongicide préventif est fortement recommandé :
- Traitement par badigeonnage ou pulvérisation : application d’un produit fongicide en surface, efficace pendant 5 à 10 ans.
- Traitement par injection : pour les pièces de forte section, le produit est injecté au cœur du bois pour une protection durable.
- Traitement en autoclave : réservé aux bois neufs, il imprègne le bois en profondeur sous pression. C’est le traitement le plus efficace et le plus durable.
En résumé : protéger le bois, c’est protéger votre maison
Le bois attaqué par la mérule perd toute sa solidité et met en danger la structure de votre habitation. Les points clés à retenir :
- La mérule provoque une pourriture cubique qui détruit la cellulose du bois et le rend friable.
- Les résineux (pin, sapin, épicéa) sont les plus vulnérables ; les feuillus denses (chêne, châtaignier) résistent mieux.
- Un bois dont l’humidité reste sous 20 % est naturellement protégé contre la mérule.
- Le traitement dépend du stade de dégradation : fongicide si le bois est encore solide, remplacement s’il a perdu sa résistance.
- La prévention combine contrôle de l’humidité, ventilation et traitement chimique des boiseries à risque.
N’attendez pas qu’une poutre cède ou qu’un plancher s’effondre. Une inspection régulière et un traitement préventif adapté sont les meilleurs investissements pour la pérennité de votre maison.