Mérule béton : propagation, risques et prévention sur les structures en béton

La mérule sur le béton : un cas rare mais réel

Parmi toutes les surfaces d’une habitation, le béton semble a priori le matériau le moins susceptible d’être concerné par la mérule. Et c’est en grande partie vrai : la mérule ne se nourrit pas du béton et ne le dégrade pas chimiquement. Pourtant, des cas de mérule sur béton existent bel et bien, et ils méritent d’être compris pour éviter les mauvaises surprises.

La question n’est pas de savoir si la mérule peut « attaquer » le béton, car elle ne le peut pas. La question pertinente est de savoir si la mérule peut se propager à travers ou le long des structures en béton pour atteindre ses véritables cibles : les éléments en bois de votre habitation. Et la réponse est oui, dans certaines conditions.

Pourquoi la mérule ne se nourrit pas du béton

Le béton est un matériau minéral composé de ciment, de granulats (sable, graviers) et d’eau. Une fois durci, il ne contient aucune matière organique susceptible de nourrir un champignon lignivore. La mérule (Serpula lacrymans) se nourrit exclusivement de cellulose, un polymère organique présent dans le bois et les matériaux d’origine végétale. Le béton n’en contient pas.

C’est la différence fondamentale avec le bois : alors que la mérule décompose activement le bois en s’en nourrissant, elle n’a aucune interaction nutritive avec le béton. Le champignon ne peut ni le décomposer, ni le fragiliser, ni en modifier les propriétés mécaniques.

Cependant, la mérule possède une capacité remarquable : celle de traverser des surfaces non nutritives grâce à ses cordons mycéliens. Et le béton, malgré sa dureté apparente, n’est pas exempt de failles que le champignon peut exploiter.

Comment la mérule se propage sur et à travers le béton

Les voies de passage exploitées par la mérule

Le béton, aussi solide soit-il, présente presque toujours des points de faiblesse que les cordons mycéliens de la mérule peuvent emprunter :

  • Fissures de retrait : le béton se fissure naturellement en séchant (retrait hydraulique). Ces microfissures, souvent invisibles à l’œil nu, sont suffisantes pour laisser passer les filaments de la mérule.
  • Joints de dilatation : les reprises de bétonnage et les joints de dilatation créent des discontinuités dans la structure que la mérule peut exploiter.
  • Passages de canalisations : les trous percés dans le béton pour le passage des réseaux d’eau, d’électricité ou de gaz sont souvent imparfaitement colmatés, laissant des espaces par lesquels le champignon peut circuler.
  • Trous de coffrage : les orifices laissés par les tiges de coffrage lors du coulage du béton ne sont pas toujours rebouchés de manière étanche.
  • Interfaces béton/maçonnerie : les jonctions entre le béton et d’autres matériaux (briques, parpaings, pierre) présentent souvent des jeux ou des fissures.
  • Nids de gravier : des défauts de vibration lors du coulage peuvent laisser des zones poreuses dans le béton, particulièrement vulnérables.

Les cordons mycéliens : des explorateurs tenaces

Les rhizomorphes (cordons mycéliens) de la mérule sont des structures biologiques remarquables. Composés de milliers de filaments fongiques agglomérés, ils peuvent :

  • Parcourir plusieurs mètres sur des surfaces non nutritives
  • Se faufiler dans des ouvertures de moins d’un millimètre
  • Transporter l’eau de la zone humide vers les zones plus sèches
  • Acheminer les nutriments prélevés dans le bois vers l’ensemble du champignon

Sur une surface en béton, les cordons se présentent comme des fils ou des cordelettes grisâtres à brunâtres, d’un diamètre de 1 à 5 millimètres, parfois davantage. Ils suivent généralement les fissures, les joints et les arêtes du béton.

Dans quels cas trouve-t-on de la mérule sur du béton ?

La mérule sur béton reste un phénomène relativement peu fréquent. Elle se rencontre principalement dans les situations suivantes.

Les sous-sols en béton mal ventilés

Les caves et les sous-sols en béton constituent le cas de figure le plus courant. Malgré la nature minérale des parois, ces espaces réunissent les conditions de la mérule : humidité élevée, confinement et obscurité. Le champignon se développe d’abord sur les éléments en bois présents (étagères, escalier, porte, solives du plancher supérieur) puis étend ses cordons sur les murs en béton pour coloniser d’autres sources de cellulose.

Les immeubles des années 1950 à 1970

Les immeubles construits pendant cette période combinent souvent une structure en béton avec des éléments intérieurs en bois (parquet, lambris, huisseries, placards encastrés). Le béton de cette époque présente fréquemment des défauts de fabrication (dosage insuffisant, vibration incomplète, reprises de bétonnage mal traitées) qui le rendent plus poreux et plus fissuré que les bétons modernes.

Les bâtiments avec des fuites chroniques

Une fuite de canalisation d’eau encastrée dans un mur ou une dalle en béton peut maintenir une humidité permanente qui finit par migrer à travers les microfissures. Si cette humidité atteint des éléments en bois de l’autre côté, la mérule peut s’installer et utiliser les voies ouvertes par l’eau pour se propager.

Les dalles béton sur terre-plein

Les dalles de rez-de-chaussée coulées directement sur le sol, sans vide sanitaire ni membrane d’étanchéité, sont sujettes aux remontées d’humidité par capillarité. Le béton absorbe l’eau du sol, et cette humidité permanente favorise la mérule sur les éléments en bois en contact avec la dalle (plinthes, bas de cloisons en ossature bois, parquet).

Les signes de la mérule sur le béton

Ce que l’on observe en surface

La mérule sur un mur ou une dalle en béton se manifeste par des signes spécifiques :

  • Cordons mycéliens : des filaments gris-brun parcourant la surface du béton, suivant les fissures et les joints. C’est le signe le plus fréquemment observé.
  • Mycélium cotonneux : dans les zones les plus humides et les plus confinées, des masses blanches cotonneuses peuvent apparaître sur la surface du béton, autour des fissures ou au niveau des jonctions avec le bois.
  • Fructifications : dans les cas avancés, des carpophores brun-orange se développent directement sur le béton, généralement à proximité d’une source de cellulose (une poutre, un cadre de porte en bois).
  • Spores brun-rouille : une poudre brun-orange déposée sur la surface du béton ou au pied du mur signale une fructification active, même si celle-ci n’est pas visible.

Ce que l’on ne voit pas

La partie la plus dangereuse de la mérule sur béton est invisible :

  • Les cordons progressant à l’intérieur des fissures ne sont pas détectables visuellement.
  • Le mycélium se développant derrière un doublage collé sur le béton reste caché.
  • Les hyphes traversant une dalle de part en part ne laissent aucune trace en surface tant qu’ils n’ont pas atteint du bois de l’autre côté.

Le traitement de la mérule sur les structures en béton

Le protocole adapté au béton

Le traitement d’une mérule sur béton diffère de celui d’un mur en pierre ou d’un bois, car le matériau lui-même n’est pas altéré. L’objectif est d’éliminer les cordons et le mycélium présents sur et dans le béton, puis de colmater les voies de passage pour empêcher toute recontamination.

Le protocole comprend :

  1. Brossage et grattage mécanique : retrait de tous les cordons, du mycélium et des fructifications visibles sur la surface du béton. Les débris sont conditionnés en sacs étanches.

  2. Ouverture et nettoyage des fissures : les fissures colonisées par la mérule sont élargies mécaniquement pour permettre le nettoyage en profondeur et le traitement fongicide.

  3. Brûlage au chalumeau : les zones les plus contaminées sont traitées à la flamme pour détruire les spores et le mycélium résiduel dans les anfractuosités du béton.

  4. Traitement fongicide : application d’un produit fongicide agréé, soit par pulvérisation de surface (pour les parois accessibles), soit par injection dans les fissures et les forages (pour le traitement en profondeur).

  5. Colmatage des fissures : les fissures traitées sont rebouchées avec une résine ou un mortier fongicide pour supprimer les voies de passage. Les joints de dilatation sont reconstitués avec des mastics fongicides.

  6. Obturation des passages : les trous de coffrage, les passages de canalisations et tous les orifices non étanches dans le béton sont colmatés de manière définitive.

  7. Traitement de l’humidité : résolution de la source d’humidité qui a permis le développement de la mérule (réparation de fuite, drainage, ventilation).

Le traitement des éléments en bois associés

Le béton n’étant qu’un support de passage pour la mérule, le traitement doit impérativement inclure les éléments en bois qui sont les véritables cibles du champignon. Toutes les boiseries en contact avec ou à proximité du béton contaminé doivent être inspectées et traitées selon le protocole standard (bûchage, traitement fongicide ou remplacement).

Prévenir la mérule sur les structures en béton

Bien que le béton soit naturellement plus résistant à la propagation de la mérule que la pierre ou la maçonnerie ancienne, quelques mesures de prévention permettent de minimiser les risques.

Maintenir l’intégrité du béton

  • Réparez les fissures dès qu’elles apparaissent. Un béton non fissuré est une barrière efficace contre la mérule.
  • Colmatez les trous de coffrage et les passages de réseaux avec un mortier ou une résine étanche.
  • Vérifiez les joints de dilatation et remplacez les mastics détériorés.
  • Protégez le béton enterré contre les infiltrations par un enduit d’étanchéité ou un drainage périmétriques.

Contrôler l’humidité

  • Assurez une ventilation efficace des sous-sols et des vides sanitaires en béton.
  • Traitez les fuites de canalisations sans délai, même les plus mineures.
  • Prévoyez un film polyane sous toute dalle béton en contact avec le sol pour bloquer les remontées capillaires.
  • Évitez les revêtements étanches sur les dalles sujettes aux remontées d’humidité (privilégiez les revêtements perméables ou prévoyez un système de ventilation sous le revêtement).

Protéger les boiseries en contact avec le béton

  • Isolez le bois du béton par une coupure de capillarité (feuille de plomb, bande bitumineuse, intercalaire plastique).
  • Traitez préventivement toutes les boiseries posées contre ou sur du béton en zone humide.
  • Surélevez les rangements en bois dans les caves et les sous-sols en béton pour éviter le contact direct avec la dalle.

En résumé : le béton, un faux sentiment de sécurité

La mérule sur béton est rare mais pas impossible. Les points essentiels à retenir :

  • La mérule ne se nourrit pas du béton et ne le dégrade pas.
  • Elle peut néanmoins traverser le béton via les fissures, les joints et les passages de réseaux pour atteindre le bois.
  • Les sous-sols en béton mal ventilés et les constructions des années 1950-1970 sont les plus concernés.
  • Le traitement consiste à éliminer les cordons, traiter les fissures et surtout traiter les boiseries atteintes et la source d’humidité.
  • La prévention passe par le maintien de l’intégrité du béton, le contrôle de l’humidité et l’isolation des boiseries en contact avec le béton.

Un béton sain et sans fissure constitue une bonne barrière contre la mérule. Mais ne comptez pas uniquement sur la nature du matériau pour protéger votre habitation : le contrôle de l’humidité reste la mesure préventive la plus efficace, quel que soit le type de construction.

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