Comment arrive la mérule ? Causes d'apparition et prévention (2025)

Comment arrive la mérule dans une habitation ? Cette question est l’une des premières que se posent les propriétaires confrontés à ce champignon dévastateur. Contrairement à une idée reçue, la mérule ne surgit pas de nulle part : son apparition résulte toujours de la conjonction de plusieurs facteurs précis. Comprendre ces causes est essentiel non seulement pour prévenir l’infestation, mais aussi pour éviter les récidives après un traitement.

Serpula lacrymans est un champignon opportuniste. Ses spores sont omniprésentes dans l’environnement naturel, mais elles ne germent que lorsque les conditions sont réunies. En identifiant et en maîtrisant ces conditions, il est possible de protéger efficacement votre habitation.

L’humidité : la cause numéro un de la mérule

Si l’on devait retenir une seule cause d’apparition de la mérule, ce serait l’humidité excessive du bois. Le champignon ne peut pas se développer sur un bois dont le taux d’humidité est inférieur à 20 %. Au-delà de ce seuil, les spores trouvent les conditions nécessaires à leur germination. L’optimum de croissance se situe entre 30 et 40 % d’humidité du bois.

Les sources d’humidité dans une habitation

L’humidité qui alimente la mérule peut provenir de sources très diverses :

Les infiltrations d’eau par la toiture sont l’une des causes les plus fréquentes. Une tuile cassée, un solin défectueux, une gouttière bouchée ou une zinguerie percée laissent l’eau de pluie pénétrer dans la charpente et les murs. L’eau s’infiltre lentement, imbibe le bois et crée un environnement propice à la mérule, parfois pendant des mois avant que le problème ne soit détecté.

Les remontées capillaires touchent particulièrement les bâtiments anciens construits sans coupure de capillarité. L’eau du sol remonte à travers les fondations et les murs par capillarité, maintenant un taux d’humidité élevé dans les matériaux en contact avec le sol. Les plinthes, les bas de cloisons et les solives de plancher au rez-de-chaussée sont les premiers touchés.

Les fuites de plomberie constituent une source d’humidité insidieuse. Une micro-fuite sur un raccord, un joint de baignoire ou de douche défectueux, une évacuation légèrement fissurée : ces défauts passent souvent inaperçus pendant des mois, voire des années. L’eau s’accumule dans les cloisons, sous les planchers ou derrière les revêtements, créant un environnement idéal pour la mérule.

La condensation résulte d’un excès d’humidité dans l’air intérieur combiné à des parois froides. Elle se produit fréquemment sur les murs extérieurs mal isolés, dans les angles des pièces, derrière les meubles plaqués contre les murs et dans les pièces humides mal ventilées. La condensation chronique maintient les matériaux dans un état d’humidité permanent.

Les dégâts des eaux mal traités sont une cause majeure d’apparition de mérule. Après une inondation, une fuite importante ou un débordement, les matériaux touchés doivent être séchés rapidement et complètement. Un séchage superficiel qui laisse de l’humidité résiduelle dans les structures en bois est une invitation directe au développement de la mérule.

Le manque de ventilation : le facteur aggravant majeur

L’humidité ne suffit pas à elle seule. Un bâtiment correctement ventilé évacue l’excès d’humidité avant qu’il ne s’accumule dans les matériaux. C’est le manque de ventilation qui transforme un problème d’humidité ponctuel en une situation propice à la mérule.

Pourquoi la ventilation est-elle si importante ?

La ventilation joue un triple rôle dans la prévention de la mérule :

  • Elle évacue l’humidité produite par les activités quotidiennes (cuisine, douche, respiration, séchage du linge)
  • Elle renouvelle l’air et empêche la stagnation d’une atmosphère saturée en humidité
  • Elle assèche les matériaux en favorisant l’évaporation de l’humidité résiduelle

Sans ventilation adéquate, l’humidité relative de l’air intérieur augmente, la condensation se forme sur les parois froides et les matériaux absorbent progressivement cette humidité. Le taux d’humidité du bois finit par dépasser le seuil critique de 20 %, ouvrant la porte à la mérule.

Les situations de ventilation déficiente

Plusieurs configurations sont particulièrement à risque :

  • Les caves et sous-sols sans ouverture ni ventilation mécanique, où l’air stagne en permanence
  • Les combles fermés sans chatières ni tuiles de ventilation, où la condensation s’accumule sur la charpente
  • Les vides sanitaires obturés ou trop bas pour permettre une circulation d’air efficace
  • Les pièces dont les grilles de ventilation ont été bouchées, souvent par méconnaissance ou pour éviter les courants d’air
  • Les habitations ayant subi une isolation sans adaptation de la ventilation : l’installation de double vitrage et l’isolation des murs rendent le bâtiment plus étanche, mais si la ventilation n’est pas renforcée en conséquence, l’humidité reste piégée

Ce dernier point est un problème croissant. Les travaux de rénovation énergétique mal conçus, qui améliorent l’étanchéité sans installer ou adapter la VMC (Ventilation Mécanique Contrôlée), créent paradoxalement les conditions idéales pour la mérule. Le bâtiment devient un environnement clos où l’humidité s’accumule sans pouvoir s’évacuer.

La propagation par les spores : comment la mérule entre chez vous

Les spores de mérule sont le vecteur de colonisation initial. Comprendre leur mode de dispersion permet de mieux appréhender le risque.

Des spores omniprésentes

Les spores de Serpula lacrymans sont des cellules reproductrices microscopiques, de couleur brun-rouille, produites en quantités astronomiques par les carpophores (fructifications) du champignon. Un seul carpophore mature peut libérer plusieurs millions de spores par jour pendant des semaines.

Ces spores sont extrêmement légères et se dispersent par l’air sur de grandes distances. Elles sont également transportées par :

  • Le vent : les spores peuvent parcourir plusieurs kilomètres dans l’atmosphère
  • Les vêtements et les chaussures des personnes transitant par un bâtiment infesté
  • Les animaux domestiques : chiens et chats peuvent transporter des spores dans leur pelage
  • Le bois de chauffage : le stockage de bois provenant d’arbres ou de forêts contaminés est un vecteur fréquent
  • Les matériaux de récupération : poutres, planches, meubles anciens provenant de bâtiments infestés

Les spores de mérule sont extraordinairement résistantes. Elles peuvent survivre en état de dormance pendant plusieurs années, voire des décennies selon certaines études, en attendant que les conditions deviennent favorables à leur germination.

De la spore au champignon actif

La présence de spores dans votre habitation ne signifie pas automatiquement que la mérule va se développer. Pour germer, une spore a besoin de la conjonction de quatre facteurs :

  1. Un substrat cellulosique : bois non traité, papier, carton, certains isolants
  2. Une humidité du support supérieure à 20 %
  3. Une température comprise entre 5 et 26 °C (optimum : 20-22 °C)
  4. Un environnement sombre et peu ventilé

Si l’un de ces facteurs manque, la spore reste en dormance. C’est pourquoi la maîtrise de l’humidité et de la ventilation est la clé de la prévention : en supprimant ces conditions, vous empêchez la germination des spores inévitablement présentes dans l’environnement.

Les matériaux et configurations à risque

Le type de construction et les matériaux utilisés influencent considérablement la vulnérabilité d’un bâtiment face à la mérule.

Les bois les plus vulnérables

Tous les bois ne sont pas égaux face à la mérule. Les résineux (pin, sapin, épicéa) sont les plus vulnérables en raison de leur teneur élevée en cellulose et de leur faible résistance naturelle aux champignons. Les feuillus (chêne, châtaignier, hêtre) offrent une meilleure résistance naturelle, bien qu’ils ne soient pas immunisés.

Le bois non traité est évidemment le plus exposé. Les traitements fongicides en autoclave confèrent une protection durable, mais les bois anciens non traités des bâtiments construits avant les années 1970 ne bénéficient d’aucune protection chimique.

Les configurations architecturales à risque

Certaines dispositions constructives favorisent l’apparition de la mérule :

  • Le bois en contact direct avec la maçonnerie : l’encastrement de poutres ou de solives dans les murs en pierre ou en brique crée une zone où l’humidité du mur imprègne directement le bois. C’est l’un des foyers de départ les plus classiques de la mérule.
  • Les doublages intérieurs (plaques de plâtre sur ossature, lambris) : ils créent un espace confiné entre le mur extérieur et le parement intérieur, où l’humidité peut s’accumuler à l’abri des regards et de la ventilation.
  • Les faux plafonds : même logique que les doublages, avec en plus le risque de masquer une attaque de la charpente.
  • Les vides sanitaires fermés ou inaccessibles : l’impossibilité de ventiler et d’inspecter ces espaces en fait des zones de prédilection pour la mérule.
  • Les planchers bois sur cave humide : la combinaison de bois et d’humidité ascendante est une configuration classique d’infestation.

Les bâtiments les plus exposés

Statistiquement, les bâtiments les plus touchés par la mérule en France sont :

  • Les constructions antérieures à 1950, qui ne bénéficient ni de coupure de capillarité, ni de ventilation mécanique, ni de traitement du bois
  • Les habitations situées dans les régions à climat humide : Bretagne, Nord, Normandie, Ile-de-France
  • Les immeubles de rapport anciens en centre-ville, souvent mal ventilés et soumis à des problèmes d’humidité chroniques
  • Les maisons ayant fait l’objet de travaux de rénovation sans traitement de l’humidité (isolation par l’intérieur sans VMC, fermeture de cheminées, pose de revêtements imperméables sur les murs)

Les facteurs aggravants qui accélèrent la mérule

Au-delà des causes initiales, certains facteurs accélèrent considérablement le développement de la mérule une fois qu’elle s’est installée.

La négligence et le retard d’intervention

Le facteur aggravant numéro un est le temps. Chaque semaine de retard dans le diagnostic et le traitement permet au champignon d’étendre son territoire. La mérule peut progresser de plusieurs centimètres par semaine dans des conditions optimales, et ses cordons mycéliens sont capables de franchir plusieurs mètres pour atteindre de nouvelles sources de bois.

Les travaux inappropriés

Certains travaux réalisés par méconnaissance aggravent la situation :

  • Repeindre ou recouvrir une zone infestée : cela confine davantage le champignon et lui fournit un environnement encore plus propice
  • Boucher des ventilations pour éviter les courants d’air ou le bruit
  • Poser un revêtement imperméable (faïence, enduit ciment) sur un mur humide, emprisonnant l’humidité dans la maçonnerie
  • Traiter avec des produits du commerce inadaptés, qui donnent une fausse impression de sécurité

La propagation entre logements

Dans les habitations mitoyennes ou les immeubles collectifs, la mérule peut se propager d’un logement à l’autre. Ses rhizomorphes traversent les murs de séparation, les planchers et les plafonds. Un appartement infesté peut ainsi contaminer ses voisins directs en quelques mois. Cette capacité de propagation rend le traitement plus complexe, car il faut intervenir dans l’ensemble des logements touchés, y compris ceux dont les occupants n’ont pas encore perçu de signes.

Comment prévenir l’apparition de la mérule

La prévention est la stratégie la plus efficace et la plus économique face à la mérule. Elle repose sur trois piliers fondamentaux.

Pilier 1 : maîtriser l’humidité

  • Réparez immédiatement toute fuite de toiture, de plomberie ou d’évacuation
  • Traitez les remontées capillaires par injection de résine hydrofuge ou mise en place d’une barrière étanche
  • Séchez rapidement et complètement les matériaux après tout dégât des eaux, en faisant appel à un professionnel si nécessaire
  • Entretenez les gouttières, chenaux et descentes d’eau pluviale pour éviter les débordements
  • Vérifiez l’étanchéité de la toiture, des murs extérieurs et des menuiseries au moins une fois par an
  • Maintenez le taux d’humidité du bois sous 20 % : un hygromètre pour bois est un investissement modeste mais utile

Pilier 2 : assurer la ventilation

  • Installez une VMC (Ventilation Mécanique Contrôlée) si votre habitation n’en est pas équipée, en particulier après des travaux d’isolation
  • Ne bouchez jamais les grilles de ventilation, même en hiver
  • Ventilez les caves et sous-sols en installant des grilles d’aération haute et basse pour créer un tirage naturel
  • Aérez les combles grâce à des chatières de toiture ou des tuiles de ventilation
  • Ne collez pas les meubles directement contre les murs extérieurs : laissez un espace de quelques centimètres pour la circulation de l’air

Pilier 3 : surveiller et entretenir

  • Inspectez régulièrement les zones à risque : caves, vides sanitaires, combles, arrière des placards, dessous de baignoire
  • Soyez attentif aux signes d’humidité : taches, condensation, odeur de moisi, peinture qui cloque
  • Faites réaliser un diagnostic préventif si votre habitation est ancienne et située dans une zone à risque
  • Utilisez du bois traité pour les éléments de construction en contact avec la maçonnerie ou les zones humides
  • Évitez le contact direct bois-maçonnerie en utilisant des coupures de capillarité (bandes d’arase, pattes métalliques)

En résumé : les causes de la mérule

La mérule ne se développe jamais par hasard. Son apparition résulte toujours de la combinaison de plusieurs facteurs : des spores présentes dans l’environnement, un bois dont le taux d’humidité dépasse 20 %, une température intérieure favorable, une ventilation insuffisante et un environnement confiné et sombre.

La bonne nouvelle, c’est que ces facteurs sont maîtrisables. En contrôlant l’humidité, en assurant une bonne ventilation et en surveillant régulièrement les zones à risque, vous réduisez considérablement la probabilité que la mérule s’installe dans votre habitation. Et si vous constatez le moindre signe suspect, agissez sans attendre : en matière de mérule, la rapidité d’intervention fait toute la différence.

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