Mérule ou Salpêtre : Comment les Distinguer et Réagir
Mérule ou salpêtre : deux ennemis de vos murs à ne pas confondre
Face à des traces blanches sur un mur, des dépôts inhabituels en cave ou des auréoles suspectes dans un sous-sol, la question se pose systématiquement : mérule ou salpêtre ? Ces deux phénomènes liés à l’humidité affectent les mêmes types de bâtiments (maisons anciennes, caves, sous-sols) et peuvent présenter des similitudes visuelles troublantes. Pourtant, leur nature, leur gravité et leur traitement sont radicalement différents.
Confondre le salpêtre avec la mérule peut conduire à un traitement inadéquat et à des dommages structurels graves. À l’inverse, prendre de la mérule pour du simple salpêtre revient à ignorer un danger majeur pour votre habitation.
Qu’est-ce que le salpêtre ?
Le salpêtre (nitrate de potassium, KNO3) est un dépôt minéral qui apparaît à la surface des murs humides. Il résulte d’une réaction chimique entre l’eau qui remonte par capillarité dans les murs, les sels minéraux contenus dans le sol et les matériaux de construction, et les bactéries présentes dans le sol qui transforment les composés azotés en nitrates.
Le salpêtre se manifeste sous forme de :
- Efflorescences blanches : dépôts cristallins, poudreux, en surface du mur
- Taches blanchâtres qui s’étendent progressivement
- Cristaux visibles à l’œil nu, parfois en forme d’aiguilles
- Poudre blanche qui tombe au pied du mur
Le salpêtre est essentiellement un problème esthétique et un indicateur fiable d’un excès d’humidité. Il ne détruit pas les matériaux de construction, bien que l’humidité qui le provoque puisse à terme dégrader les enduits et les joints.
Qu’est-ce que la mérule ?
La mérule pleureuse (Serpula lacrymans) est un champignon lignivore vivant qui se nourrit de la cellulose contenue dans le bois et certains matériaux de construction (carton du placo, papier peint). Elle provoque une pourriture cubique qui décompose les structures en bois, compromettant potentiellement la solidité du bâtiment.
La mérule se manifeste sous différentes formes selon son stade de développement :
- Mycélium blanc et cotonneux en phase de croissance active
- Cordons (rhizomorphes) gris ou blancs, d’aspect cireux, pouvant atteindre plusieurs millimètres de diamètre
- Fructifications (carpophores) en forme de galette molle, brun-orange, libérant une poudre de spores brun-rouille
- Odeur caractéristique de champignon forestier, terreuse et persistante
Les différences visuelles clés
L’aspect au toucher
- Salpêtre : sec, cristallin, poudreux. Il s’effrite et tombe en poudre blanche lorsqu’on le frotte. Aucune consistance molle ou fibreuse.
- Mérule : les masses cotonneuses sont molles et humides. Les cordons sont souples et cireux. Les fructifications sont charnues, molles et libèrent une poudre brun-rouille au toucher.
La couleur
- Salpêtre : exclusivement blanc. Les dépôts restent blancs en vieillissant, bien qu’ils puissent jaunir légèrement avec la poussière.
- Mérule : le mycélium est blanc en phase active, mais les cordons virent au gris puis au brun en vieillissant. Les fructifications sont brun-orange. La poudre de spores est d’un brun-rouille très caractéristique.
L’emplacement
- Salpêtre : sur la surface des murs, principalement en partie basse (zone des remontées capillaires), souvent en cave ou au rez-de-chaussée.
- Mérule : sur les murs mais aussi sur les bois (poutres, solives, plinthes), derrière les doublages, dans les espaces confinés. La mérule suit les sources de cellulose.
L’odeur
- Salpêtre : inodore. Aucune odeur particulière.
- Mérule : odeur forte et persistante de champignon, terreuse et désagréable, surtout perceptible dans les espaces confinés.
Pourquoi la confusion est-elle si fréquente ?
Plusieurs raisons expliquent que mérule et salpêtre soient régulièrement confondus :
- Mêmes conditions d’apparition : les deux phénomènes sont provoqués par un excès d’humidité dans les murs. Les maisons anciennes avec des remontées capillaires sont touchées par les deux.
- Couleur blanche initiale : le mycélium de mérule en début de croissance et les efflorescences de salpêtre sont tous deux blancs.
- Mêmes localisations : caves, sous-sols, murs enterrés et murs anciens en pierre.
- Méconnaissance : la mérule est encore mal connue du grand public, et beaucoup de propriétaires n’ont jamais vu de mérule de près.
La confusion est d’autant plus dangereuse que le salpêtre est souvent considéré comme un problème mineur, traité avec un simple coup de brosse et un produit anti-salpêtre. Si c’est en réalité de la mérule, ce traitement est totalement inefficace et laisse le champignon progresser en toute liberté.
Autres confusions possibles
La mérule et le salpêtre ne sont pas les seuls phénomènes susceptibles d’apparaître sur des murs humides. D’autres confusions sont fréquentes :
Moisissures classiques
Les moisissures de surface (Aspergillus, Penicillium, Cladosporium) se présentent sous forme de taches vertes, noires ou grises. Elles sont superficielles et ne détruisent pas les matériaux de construction. Un nettoyage et une amélioration de la ventilation suffisent généralement.
Salpêtriau (calcite)
Les dépôts de calcite (carbonate de calcium) sont blancs et cristallins, semblables au salpêtre. Ils proviennent de la dissolution du calcaire contenu dans les murs et les mortiers par l’eau d’infiltration. Comme le salpêtre, ils ne sont pas dangereux pour la structure.
Coniophore des caves
Le coniophore des caves (Coniophora puteana) est un champignon lignivore qui peut être confondu avec la mérule. Il provoque une pourriture cubique similaire mais ses fructifications sont plus fines et de couleur brun-olive. Son traitement est comparable à celui de la mérule.
Que faire en pratique ?
Vous constatez des dépôts blancs, secs et poudreux
Il s’agit probablement de salpêtre. Brossez le dépôt, améliorez la ventilation et traitez la source d’humidité (drainage, ventilation de cave). Un produit anti-salpêtre peut être appliqué en complément. Toutefois, restez vigilant : l’humidité qui provoque le salpêtre peut aussi favoriser la mérule.
Vous constatez des masses blanches cotonneuses, des cordons ou une odeur de champignon
Il s’agit très probablement de mérule. Ne touchez à rien, ne brossez pas, ne pulvérisez aucun produit. Contactez immédiatement un professionnel du traitement de la mérule pour un diagnostic. Chaque jour perdu permet au champignon de progresser.
Vous n’êtes pas sûr
Faites intervenir un professionnel pour un diagnostic. L’examen visuel par un expert permet généralement une identification formelle. En cas de doute persistant, un prélèvement mycologique sera analysé en laboratoire.
En résumé
La distinction entre mérule et salpêtre est cruciale car les conséquences et les traitements sont radicalement différents. Le salpêtre est un dépôt minéral inoffensif qui signale un problème d’humidité. La mérule est un champignon vivant qui détruit les structures en bois de votre habitation.
Retenez ces critères clés pour les distinguer :
- Aspect : poudreux et cristallin (salpêtre) vs cotonneux et cireux (mérule)
- Odeur : inodore (salpêtre) vs odeur de champignon (mérule)
- Couleur : blanc uniquement (salpêtre) vs blanc, gris, brun-orange (mérule)
- Dégâts : esthétiques (salpêtre) vs structurels (mérule)
Dans tous les cas, la présence de l’un ou de l’autre témoigne d’un excès d’humidité qu’il convient de traiter pour protéger votre patrimoine immobilier.