Mérule en Hiver : Pourquoi C'est la Pire Saison
Mérule en hiver : pourquoi c’est la saison la plus dangereuse
Si la mérule peut se développer toute l’année dans un environnement favorable, l’hiver est paradoxalement la saison où les conditions deviennent les plus propices à son expansion. Contrairement à ce que l’on pourrait croire, le froid ne tue pas la mérule. Bien au contraire, les comportements et les conditions climatiques hivernales créent un terrain idéal pour ce champignon destructeur.
Comprendre pourquoi l’hiver favorise la mérule est essentiel pour adopter les bons réflexes de prévention pendant les mois les plus risqués.
Le paradoxe hivernal : pourquoi le froid favorise la mérule
La condensation : le mécanisme clé
En hiver, le phénomène de condensation est le principal facteur qui alimente la mérule. Voici comment il fonctionne :
- L’air intérieur, chauffé par le système de chauffage, contient de la vapeur d’eau (respiration, cuisine, douches, séchage du linge)
- Cet air chaud et humide entre en contact avec les murs froids (murs extérieurs, murs de cave, murs mal isolés)
- La différence de température provoque la condensation de la vapeur d’eau sur la surface froide du mur
- L’eau ainsi formée imbibe le mur, les enduits, les doublages et les boiseries
- L’humidité ainsi piégée crée les conditions parfaites pour la mérule
Ce mécanisme est particulièrement actif :
- Sur les murs extérieurs orientés au nord, qui reçoivent peu de soleil
- Derrière les meubles plaqués contre les murs, qui empêchent la circulation d’air
- Dans les angles des pièces, où l’air circule le moins
- Derrière les doublages en placo, dans l’espace confiné entre le mur porteur et le parement
La fermeture des fenêtres
En été, les fenêtres sont souvent ouvertes, assurant une ventilation naturelle qui évacue l’humidité intérieure. En hiver, les fenêtres restent fermées pour conserver la chaleur. Cette réduction drastique de la ventilation a plusieurs conséquences :
- L’humidité produite par les activités domestiques (cuisine, douches, linge, respiration) s’accumule dans l’air intérieur
- Le taux d’humidité relative peut dépasser 70 à 80 % dans les pièces mal ventilées
- Les espaces confinés (caves, combles, vides sanitaires) ne sont plus du tout ventilés
La température intérieure : dans la zone de confort de la mérule
Le chauffage maintient la température intérieure entre 18 et 22 degrés Celsius dans les pièces de vie. Or, la mérule se développe de manière optimale entre 20 et 26 degrés. Le chauffage hivernal place donc les zones habitées dans la plage de température la plus favorable au champignon.
Même dans les espaces non chauffés (caves, combles, vides sanitaires), la température hivernale reste souvent entre 8 et 15 degrés, suffisante pour permettre une croissance lente mais continue de la mérule.
Les zones les plus à risque en hiver
Les caves et sous-sols
Les caves sont déjà les zones les plus à risque pour la mérule toute l’année. En hiver, le risque s’accentue :
- La température de la cave reste relativement stable (8-15 degrés), dans la plage de croissance de la mérule
- L’humidité du sol, déjà élevée, est aggravée par les précipitations hivernales
- La ventilation naturelle, déjà faible, est encore réduite lorsque les soupiraux sont fermés pour éviter le gel des canalisations
Les murs extérieurs nord
Les murs orientés au nord ne reçoivent aucun soleil direct en hiver. Ils restent froids en permanence, même lorsque l’intérieur est chauffé. La condensation y est maximale, surtout derrière les doublages et les meubles.
Les ponts thermiques
Les ponts thermiques (liaisons plancher/mur, tableaux de fenêtres, linteaux, angles de murs) sont des zones où l’isolation est moins performante. En hiver, ces points froids concentrent la condensation et constituent des foyers de développement privilégiés pour la mérule.
Les combles non aménagés
Les combles non isolés ou mal isolés subissent des variations de température importantes. L’air chaud et humide qui monte des étages inférieurs se condense sur les éléments de charpente froids. La mérule peut s’installer sur les bois de charpente sans être détectée pendant des mois.
Les signes hivernaux spécifiques
En hiver, certains signes doivent vous alerter sur un possible développement de mérule :
- Condensation excessive sur les fenêtres : si vos vitres sont couvertes de buée chaque matin, le taux d’humidité intérieur est trop élevé
- Odeur de champignon plus prononcée : dans les pièces fermées et chauffées, l’odeur de la mérule est plus perceptible qu’en été
- Taches d’humidité qui apparaissent ou s’agrandissent sur les murs avec l’arrivée du froid
- Décollement de papier peint ou de peinture sur les murs extérieurs
- Moisissures dans les angles des fenêtres ou derrière les meubles : si les moisissures classiques prolifèrent, les conditions sont également favorables à la mérule
Les bons réflexes à adopter en hiver
Ventilez, même quand il fait froid
C’est le réflexe le plus important et le plus contre-intuitif. Ouvrir les fenêtres en hiver semble gaspiller l’énergie de chauffage. Pourtant, une ventilation quotidienne de 10 à 15 minutes dans chaque pièce est indispensable pour évacuer l’humidité accumulée.
Les bonnes pratiques :
- Ouvrez les fenêtres en grand pendant 10 minutes le matin (la ventilation par courant d’air est la plus efficace)
- Aérez la salle de bain après chaque douche ou bain
- Aérez la cuisine pendant et après la préparation des repas
- Ne fermez jamais les portes intérieures des pièces pendant l’aération (pour créer un flux d’air)
Maintenez votre VMC en fonctionnement
La VMC (ventilation mécanique contrôlée) est votre meilleure alliée contre la mérule en hiver. Vérifiez qu’elle fonctionne correctement :
- Les bouches d’extraction doivent aspirer (testez avec un mouchoir en papier)
- Les bouches ne doivent pas être obstruées par de la poussière ou de la graisse
- Le moteur doit tourner en permanence, même la nuit
- En cas de panne, faites réparer la VMC en urgence
Chauffez de manière régulière
Évitez les cycles de chauffage intermittent. Un chauffage régulier et modéré (18-20 degrés) est préférable à des alternances de périodes froides et chaudes. Si vous vous absentez, ne coupez pas complètement le chauffage : maintenez une température de 12-14 degrés minimum pour limiter la condensation.
Surveillez vos murs
En hiver, inspectez régulièrement :
- Les murs derrière les meubles volumineux (déplacez-les de 5-10 cm)
- Les angles des pièces, surtout en rez-de-chaussée et dans les pièces orientées au nord
- Les plinthes et les bas de mur dans les pièces humides
- La cave et les espaces sous les escaliers
Ne séchez pas le linge à l’intérieur
Le séchage du linge dans une pièce fermée libère des litres d’eau dans l’air intérieur, faisant exploser le taux d’humidité. Si vous n’avez pas le choix, séchez le linge dans une pièce bien ventilée ou équipée d’un déshumidificateur.
Cas particulier : les maisons inoccupées en hiver
Les résidences secondaires, les logements vacants et les maisons en attente de vente sont particulièrement vulnérables à la mérule en hiver :
- Pas de ventilation : personne pour ouvrir les fenêtres
- Pas de chauffage ou chauffage coupé : les murs refroidissent et la condensation se forme dès qu’il y a un redoux
- Pas de surveillance : une fuite, une infiltration ou un début de mérule n’est détecté que lors de la prochaine visite
- Pas d’entretien : les gouttières bouchées, les fissures non réparées et les VMC arrêtées aggravent les conditions
Recommandations pour les maisons inoccupées :
- Maintenez un chauffage minimal (12-14 degrés) même en votre absence
- Laissez la VMC fonctionner en permanence
- Visitez le bien au moins une fois par mois en hiver pour inspecter les zones à risque
- Faites vérifier la toiture, les gouttières et les façades avant l’automne
- Envisagez l’installation d’un capteur d’humidité connecté qui vous alerte à distance
En résumé
L’hiver est la saison la plus dangereuse pour la mérule en raison de la combinaison de trois facteurs : la condensation accrue sur les murs froids, la réduction de la ventilation et le maintien d’une température intérieure favorable au champignon. Les caves, les murs nord, les ponts thermiques et les combles sont les zones les plus à risque.
Les réflexes essentiels pour prévenir la mérule en hiver :
- Ventilez quotidiennement toutes les pièces, même quand il fait froid
- Chauffez de manière régulière et modérée, sans coupures prolongées
- Surveillez vos murs, vos caves et les espaces confinés
- Maintenez votre VMC en fonctionnement permanent
- Ne séchez pas le linge en intérieur sans ventilation adéquate
- Inspectez les maisons inoccupées au moins mensuellement
L’hiver est aussi le moment idéal pour faire réaliser un diagnostic préventif par un professionnel. Détecter un début d’infestation avant qu’elle ne s’aggrave pendant les mois les plus propices peut vous épargner des milliers d’euros de travaux.